Sombre

Modérateur: Taverne Production

Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 04/11/2012 à 02:25

From Russia with Blood – Les 24h du jeu – octobre 2012



La Bretagne, ça vous gâââgne. L'année dernière, j'avais, à l'invitation de Pika, participé aux 24h du jeu, un festival ludique multidisciplinaire (tradi, société, platal, vidéo, figs, GN, jdr et j'en oublie) ma foi fort sympathique. Ça se déroule à Theix, tout près de Vannes, dans le gymnase communal. L'année dernière, j'étais malade comme un chien et n'avais pu assurer que des démos courtes. Cette année, je n'ai pas la crève mais suis fatigué de chez fatigué. Septembre et octobre ont été plus que sportifs et je commence sérieusement à accuser le coup. Pitin, le jdr c'est vraiment un truc de jeune.

Donc j'ai pas la top forme et, coup de pas de bol, on est en pleine vague de froid. Je m'overcaille dans ce gymnase ouvert aux quatre vents. Derrière le stand Terres Etranges, où Pika et moi présentons nos productions, je suis en mode Nanouk l'esquimau. C'est pas dur, j'ai pas lâché mon manteau du week-end. Fort heureusement, le Breton est construit pour les conditions météo extrêmes. Qui plus est, il est joueur. Du coup, y'a des gens. Le public est super sympa, plutôt jeune et très familial. Excellente ambiance.

Question orga, c'est carré. Tino, Maud et les autres bénévoles assurent bien comme il faut. Accueillants, disponibles, efficaces. Le pôle jeu de rôle manque par contre un poil de oomph. Les rôlistes vannetais sont ultra sympas mais ils n'encadrent pas des masses leur activité. Y'a un créneau nocturne avec préinscriptions mais c'est un peu tout. Pas de bourse aux scénars, pas de créneaux formels en journée, pas de retape autour de leur stand. Donc forcément, les joueurs ne se bousculent pas.

Ah bin oui, les gens s'assoient facilement d'eux-mêmes à une table de jeu de société (j'ai vu quatre gars choper une boîte de Zombicide sur un coin de stand, déballer le jeu, faire une partie, remballer le jeu puis reposer la boîte sur le stand, tous seuls comme des grands sans que personne ne leur dise rien) mais pour les amener au jdr, faut les prendre un minimum par la main. Bon sang, Opale, son véléda magique, son sergent recruteur et ses d20 gonflables m'ont grave manqué ! Surtout le dimanche en fait, parce que le samedi, je m'économise. Cette année, je veux mener en nocturne donc vu mon état de fatigue, j'y vais molo en aprème.

Tandis que Pika mène court, moi je me contente d'un petit Sombre zéro des familles, juste histoire de me mettre en jambes et voir un peu si j'ai les ressources pour tenir toute la nuit. Côté joueurs, il y a Stefff56, un forumiste vannetais qui s'intéresse depuis pas mal de temps à mes comptes rendus, plus Tristan, un jeune gars que j'avais eu à ma table l'année dernière pour un White trash, et ses deux potes, Victor et Gurvan. Partie super sympa, les PJ se font poutrer sévère, c'est fun et jeune. En sortant, je décide que oui, je mènerai en nuit. Je ne me suis pas tapté trois heures de TGV pour mener un quart d'heure !

Je remplis ma table en trois minutes. D'abord Rémi et Valentin, puis Tristan et Gurvan, qui reviennent parce qu'ils veulent du rab. Quatre joueurs, pas plus car je ne suis en petite forme. Tandis que Stef fignole son scénar Sombre (ce garçon est extraordinaire : il m'achète le jeu en aprème et le voilà qui lance sa première partie en soirée, un western horrifique avec twist narratif incorporé), je cherche un local isolé et chauffé. Pas question que je continue à me les cailler comme un taré pendant toute la nuit. Pika, qui est malin, s'est installé sous l'une des grosses souffleries qui chauffent (un peu) le gymnase. Moi, je migre vers le hall d'entrée, lui aussi chauffé. Mais qui communique directement avec l'extérieur (les portes vitrées, même fermées, ça caille) et qui pourrait s'avérer assez passant, vu qu'il donne également sur la salle des jeux vidéo. On se replie donc dans les vestiaires (et ouais, c'est un gymnase), où on installe une table entre deux bancs en bois. Nickel.



Le brainstorming

22h10, j'ai terminé l'explication des règles et on commence à cogiter. Comme il est déjà tard, j'oriente la tempête de cerveau vers un format court. On va éviter la prise de tête roleplay, un pur survival me semble plus indiqué. On me dit que ça se passera à l'époque contemporaine ou presque : dans les années 70 en Russie, pardon en URSS puisque le Mur n'est pas encore tombé. Et ça va être un scénario d'exfiltration : le PJ sont entrés quelque part, se sont enfoncés loin dans ce quelque part et ils doivent en ressortir. Putain, je kiffe ! J'ai déjà eu des quickshots entrée puis sortie, mais jamais de sortie seule. Ça s'annonce bien.

Le setting est un laboratoire pharmaceutique, dont une partie des activités, couverte par le KGB, est franchement illégale. Expériences médicales et autres joyeusetés. Pour ce qui est du plan, je le limite à trois niveaux pour ne pas qu'on se retrouve à finir à l'aube. Je ne sais pas quelle est sa formation, mais je soupçonne Valentin d'être graphiste. À la manière dont il tient son crayon et dont il se lance dans le tracé du plan du NIP, le Nouvel Institut Pharmaceutique. Niveau 0 : hall d'accueil, bureaux, vestiaires. Niveau - 1 : salle d'autopsie, incinérateur et jungle artificielle. Niveau - 2 : seulement accessible par une entrée dérobée dans un coin de la jungle car secret, bloc chirurgical et zone de détention des cobayes humains. Clâââsse.

+ Rémi joue Olaf Dubov, espion excentrique devenu cobaye. Agent double, il travaillait en secret pour les Américains mais le KGB l'a grillé. Officiellement, il a été emprisonné, interrogé puis exécuté. En réalité, on l'a torturé, on a fait croire à sa mort et on l'a envoyé finir ses jours au NIP pour qu'il serve de cobaye. Résultat, il est Invalide et a subit des Préquelles. Mais bon, chez lui, l'érosion de l'Esprit n'est pas aussi problématique que chez d'autres puisqu'il dispose du nouvel Avantage Folie douce. Son objectif est de détruire le NIP. Il veut tout casser !

+ Valentin joue Eva Yousgourine, espionne nerveuse et Dévouée à Olaf, dont elle est amoureuse. C'est son ancien partenaire et elle a remué ciel et terre pour le retrouver, allant jusqu'à se laisser enfermer de nuit dans le NIP. L'exfiltration, c'est son idée à elle.

+ Tristan joue Nikolaï Rogovich, médecin méthodique, responsable des expériences qui ont été menées sur Olaf mais également Infecté. Je prends Tristan à part pour qu'on cause un peu de cette infection : il s'agit d'une sorte de gangrène purulente, auquel Nikolaï ne trouve pas de remède. Tout son corps est contaminé, il n'y a que ses mains et son visage qui sont pour le moment épargnés. Il cache sa maladie sous des bandages, invisibles sous ses vêtements. Sachant que la médecine russe ne peut rien pour lui, il veut passer à l'Ouest. Son billet pour les États-Unis, c'est Eva, qui peut facilement contacter les Américains.

+ Gurvan joue Vassili Movichi, gardien rusé qui arrondit ses fins de mois en faisant du trafic d'échantillons biologiques. Ils prélève des bouts de peau, de chair et d'organes sur les cadavres qu'il a pour mission d'incinérer et les revend à de mystérieux acheteurs. Le problème, c'est que Nikolaï est au courant : il l'a suivi et a pris des photos qui prouvent son trafic. Ah bin oui, tout Rusé qu'il soit, Gurvan n'en est pas moins Écervelé. Heureusement pour lui, il a un Chien fidèle, Charlie... dont je donne la carte de PNJ à jouer à Victor, qui nous a rejoint dans l'entrefaite. Je ne me voyais pas rajouter un PJ à ce stade du brainstorming, ce d'autant que je voulais m'en tenir à quatre. D'un autre côté, le laisser spectateur durant toute la partie, je le sentais moyen. Le clebs est donc parfait.



La partie

Après une petite pause, on s'y met. Il est 1h. Je me dope au sucre et au Red Bull, puis pose la situation de départ : Eva s'est donc laissée enfermer dans le labo. En progressant vers les geôles, elle a croisé Nikolaï. Le médecin était resté après la fermeture pour disséquer tranquillement un bras. Elle le braque avec son couteau, ils discutent et finissent par s'entendre. Elle veut faire évader Olaf, il peut l'aider car il possède des documents compromettants sur son gardien. Il cherche un contact chez les Américains, elle sait comment les joindre. Deal.

Ils descendent au niveau - 2, où Vassili est de garde. D'un côté, une salle opératoire dernier cri avec son vestiaire chirurgical et sa propre pharmacie. De l'autre, une sorte de caverne rocheuse partiellement excavée, dans laquelle se trouvent le bureau du gardien et les six puits de détention. J'ai ajouté ces puits au plan tracé par Valentin parce que ce petit cliché gothico-lovecraftien (aaah, L'affaire Charles Dexter Ward) m'a semblé plutôt dans le ton de ce niveau - 2. Il me permet en tout cas de bien exprimer le calvaire d'Olaf. C'est visuel. En fait, ça marche si bien que je m'en resservirai plus tard pour boucler la partie.

On joue donc la scène de rencontre, mais je préviens tout le monde qu'à la fin, le groupe doit être constitué. Les PJ ne seront pas les meilleurs amis du monde, c'est entendu, mais pas question qu'ils s'entretuent dans ce sous-sol humide. Hé, on a un plan en trois étages à valoriser ! Nikolaï montre ses photos à Vassili, qui réalise que le médecin le tient par les couilles. Vu ce qu'il a fait et ce qu'il sait, pas moyen que le KGB le laisse s'en sortir vivant. S'il se fait choper, il finira dans l'un de ses puits. Sa seule chance, s'allier aux autres en attendant de pouvoir récupérer ces putain de photos.

On tire Olaf de son puits, un cul-de-basse-fosse insalubre au possible (30 cm d'eau glaciale et stagnante au fond, pas de lumière, impossible de s'y allonger). Il refuse de sortir sans son compagnon d'infortune, Andrei, un clochard ramassé ivre mort dans une rue de Moscou (avec les prisons, c'est l'autre source d'approvisionnement du KGB en cobayes). Olaf commence à tout casser du côté du bureau de Vassili, Nikolaï loote la pharmacie, Andrei convulse. Eva contraint le médecin à soigner le clochard, qui agrippe Nikolaï par sa blouse et lui vomit un sang noir, épais et malodorant au visage. Puis il meurt. À un moment, je me disais que je me le garderais bien sous le coude, en PJ de rechange. Finalement, j'ai décidé de m'en passer. Faut savoir vivre dangereusement.

Les PJ évacuent le sous-sous-sol par l'escalier, déboulent au sous-sol, en pleine jungle artificielle. Et y'a un gros souci : toutes les lumières sont éteintes. Même les veilleuses, censées signaler les sentiers en cas de coupure de courant sont out. Heureusement, les personnages ont des torches électriques. Les chemins forment une boucle autour d'un bassin en béton imitation mare. Olav et Eva, bientôt suivis de Nikolaï, vont au plus court, vers la gauche, et se font attaquer par un groupe de singes. C'est pour eux que la jungle a été construite et, durant le briefing, on me les a présentés comme des antagos potentiels. J'en profite pour leur coller des yeux rouges, ça ne mange pas de pain.

Eva, Olaf et Nikolaï luttent pour atteindre la porte de sortie de la jungle. Nikolaï surtout, qui arrive un peu après les deux autres et doit se frayer un chemin à travers les animaux. Entendant ça, Charlie prend le sentier de droite, a priori moins encombré. Vassili le suit. Après une séance de cache-cache dans les fourrés, ils se décident finalement à essayer, eux aussi, de sortir. Mais c'est un poil tard, Olaf et Eva sont déjà sortis. Ils se trouvent dans un petit hall qui mène au sas principal. Le sas en question donne sur un deuxième hall, qu'il faut traverser pour atteindre les portes de l'ascenseur et de l'escalier. Un passe spécial (une carte perforée) ouvre le sas et il n'y a que deux personnes qui en disposent, Vassili et Nikolaï.

Olaf ne peut donc pas ouvrir le sas. En plein speed, il oblique (au hasard) vers la droite, entre dans un bureau, franchit un deuxième sas, plus petit celui-là, et déboule dans la salle d'autopsie. Assailli de flashbacks, des images violentes des tortures médicales qu'on lui a fait subir, il passe en phase 3 de sa Personnalité excentrique : Mystique. Ah bon sang, c'est du nanan. Devant lui, sur la table d'autopsie, le bras que Nikolaï était en train de découper avant qu'il ne soit interrompu par Eva. Olaf le voit bouger, les doigts tapotent sur le plateau métallique. Serait-ce un code ? Est-ce que le membre cherche à lui dire quelque chos ? Et soudain, il comprend : c'est son bras ! Il saisit un scalpel sur une table roulante et commence à s'entailler l'épaule pour amputer le membre parasite qu'on lui a greffé et le remplacer par celui d'origine. Dysmorphophobie + auto-chirurgie, j'adôôôre. Il s'inflige une Blessure avant qu'Eva, qui l'a suivi, ne parvienne à l'arrêter.

Du côté de la jungle, c'est la Bérézina. Pour contenir les singes, Nikolaï a verrouillé la porte de sortie, alors que Vassili et Charlie sont toujours de l'autre côté. Et ils en chient. Vassili rame comme un taré pour progresser jusqu'à la porte, glisse son propre passe dans la serrure mécanographique, mais la porte est bloquée. Endommagée par les coups répétés des singes, elle ne s'ouvre pas. Il se résout à l'enfoncer mais foire son jet de Corps : sa jambe traverse la paroi de verre et reste coincée dedans. Il n'est sauvé que par la pression des singes, qui finissent par enfoncer le battant. Lorsque Vassili et Charlie s'effondrent dans le premier hall, ils sont en sang, lacérés par les doigts griffus des primates. Le gardien pisse le sang par la jambe, le chien est littéralement pelé.

Nikolaï, qui s'est enfermé dans le sas, ne va guère mieux. Les singes lui ont arraché ses vêtements et ses bandages, révélant la gangrène qui le ronge. D'ailleurs, il se déshabille entièrement. L'état de son corps est absolument ignoble. Son scalpel à la main, il envisage un moment de se la jouer solo, avant de réaliser qu'il a besoin d'Eva pour passer à l'Ouest. La seule bonne nouvelle, c'est que les singes s'égayent dans tout le niveau et ne s'occupent plus trop des PJ. Ils foutent le gros dawa un peu partout, ce qui remplit Olav d'aise. Tout le monde en profite pour se ruer vers le rez-de-chaussée.

Vassili et Charlie prennent l'ascenseur, les trois autres l'escalier. Pour tous, l'objectif est le même : remonter le couloir en moquette moche vers le hall d'accueil, franchir le comptoir des hôtesses et se précipiter vers la sortie du bâtiment. Aussitôt dit, aussitôt fait. Y'a juste un souci : une patrouille de trois spetsnaz est arrivée sur les lieux et, voyant débarquer une bande d'énergumènes ensanglantés, putréfiée et armés, tire sans sommation. Eva se prend une balle en plein visage, qui lui traverse les deux joues, lui fracture la mâchoire et lui détruit l'oreille. Elle s'écroule derrière le comptoir. Olaf, devenu fou mais qui, grâce à Folie douce, reste PJ, passe en mode berserk. Il enjambe le comptoir en hurlant et en brandissant son bras coupé (qu'il n'a pas lâché depuis la salle d'autopsie) comme une massue. Une rafale le coupe en deux. Les AK-47, ça fait mal.

Charlie se replie vers le bureau du directeur du labo, suivi de Vassili. Quand le chien a de bonnes idées, le maître suit. Problème 1 : le bureau n'a qu'une porte. Qu'à cela ne tienne, Vassili fracasse une fenêtre. Problème 2 : les fenêtres sont munies de grilles solides (on en avait parlé lorsqu'on avait dessiné le plan). Impossible de passer par là. Or il y a urgence, un spetsnaz vient d'entrer dans le bureau et braque Vassili ! Charlie grimpe sur le rebord de la fenêtre et se contorsionne pour passer entre les barreaux. Il réussit son jet, prend une Blessure et s'enfuit dans la nuit. Vassili pense se rendre mais j'active son Écervelé et le lui interdit. Il fait mine de sortir un cigare (avec l'argent qu'il gagne au marché noir, il se paie des havanes) de la poche intérieure de sa veste, dans l'espoir de corrompre le spetsnaz. Ce dernier interprête mal son geste, il tire, touche et tue. Vassili s'écroule.

Reste Nikolaï, qui a appliqué le plan d'Olaf mais avec plus de réussite. Son scalpel à la main, il fonce sur le spetsnaz qui lui barre la route (le troisième est à ce moment en train de s'occuper d'Eva), passe entre les balles (je rate cinq jets de suite avec mon PNJ 13), plante le soldat, franchit la double porte du hall et parvient lui aussi à s'enfuir.

Générique.

Et stinger : au fond d'un puits obscur, les pieds dans l'eau, la tête entourée de bandages et le visage recousu à gros points, Eva attend et espère la mort.



Le bilan

Une *très* bonne partie. Ce n'est pas le quickshot le plus original ni le plus élaboré que j'aie improvisé, mais c'est à mon avis le meilleur de ce que j'étais capable de produire cette nuit-là : un survival dynamique, efficace et fun. Une sorte de PMT horrifique avec un bon crescendo (Andrei > singes > spetsnaz) et des scènes d'anthologie (Olaf et son bras, quand même, ce fut fort). C'est d'autant plus satisfaisant que les conditions n'étaient pas idéales.

D'une, j'étais vraiment crevé. Mais le Red Bull (première fois que j'en buvais, ce truc est dégueulasse au possible mais il dope bien) et l'excitation du jeu ont fait des merveilles. Clair que je n'avais pas mon répondant des grands jours, mais je m'en suis tout de même très correctement tiré. Ouf !

De deux, la composition de la table était très hétérogène. Y'avait deux groupes bien distincts. D'un côté, les trois jeunes (Tristan, Gurvan et Victor), qui jouaient comme on joue quand on est ado et qu'on débute, sans se prendre la tête. De l'autre, Rémi et Valentin, plus âgés, plus posés, plus expérimentés, plus roleplay, mais aussi, et c'est ce qui a fait que la mayonnaise a bien pris, très ouverts et narrativement très généreux. Une vraie bonne positive attitude, super appréciable en convention et sur laquelle j'ai pu appuyer ma maîtrise. Du coup, la partie a oscillé en permanence entre le délire plus ou moins contrôlé (Vassili et ses aventures dans la jungle) et les morceaux de bravoure RP (Olaf qui se charcute le bras, Eva qui l'en empêche). Au final, le groupe, tiraillé entre coopération et compétition, entre PvE et PvP, a fonctionné du tonnerre. Nickel, vraiment.

Enfin, cette partie est vraiment la démonstration de ce que j'écrivais dans Sombre 2, à savoir que quand on joue à Sombre, on n'a pas besoin d'une super bonne histoire pour passer un super bon moment. Pendant plus de 2h30, on a accumulé les incohérences et les questions sans réponses (Pourquoi Andrei vomit-il du sang ? Pourquoi la lumière est-elle éteinte dans la jungle ? Pourquoi les singes sont-ils devenus fous ? Comment se fait-il qu'Eva ait pu descendre jusqu'au niveau - 2 si elle ne dispose pas du passe spécial pour ouvrir le sas ?) mais ça ne nous a dérangé à aucun moment car y'avait de la tension, du ryhme, de l'émotion. On était bien dans le move et c'était übercool.



*



Des news :

+ Sombre dispose désormais de sa propre rubrique sur le Sden, animée par l'excellent Gap. On peut d'ores et déjà y lire tout plein d'articles passionnants, dont un collector de 2003, qui fut en fait le tout premier papier écrit sur Sombre. Inutile de dire qu'à l'époque, le jeu était encore loin d'être ce qu'il est devenu aujourd'hui. Super sympa de pouvoir mesurer le chemin parcouru.

+ La fiche de Sombre 2 est disponible sur le Grog. Merci monsieur Charcuto !



*



Et un peu de promo :

Image


Sombre 1 et Sombre 2, les deux premiers numéros de la revue consacrée à Sombre, sont disponibles. 72 pages au format A5 et à pas cher (prix libre, minimum 7 euros par numéro + port). Pour commander, c'est par ici.
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Re: Sombre

Messagepar Corren » 05/11/2012 à 23:50

Je voulais te l'acheter le bon Sombre 2, mais j'ai du partir tôt le dimanche matin après être arrivé tard avec ma pôve gibole... :nul:
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Re: Sombre

Messagepar darknoemie » 06/11/2012 à 00:04

Et le dimanche, tu t'es levé trop tard pour que je puisse les prendre !!
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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 06/11/2012 à 02:27

Corren a écrit:Je voulais te l'acheter le bon Sombre 2, mais j'ai du partir tôt le dimanche matin après être arrivé tard avec ma pôve gibole... :nul:


Damned ! Mais ce n'est point grave, il reste la poste.



darknoemie a écrit:Et le dimanche, tu t'es levé trop tard pour que je puisse les prendre !!


Oui mais là, j'ai une excuse en béton : j'avais mené jusque tard dans la nuit ! :ange:
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Re: Sombre

Messagepar darknoemie » 06/11/2012 à 12:23

Johan Scipion a écrit:
darknoemie a écrit:Et le dimanche, tu t'es levé trop tard pour que je puisse les prendre !!

Oui mais là, j'ai une excuse en béton : j'avais mené jusque tard dans la nuit ! :ange:


Dis le gars qui poste à 3h27 du mat :siffle:
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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 13/11/2012 à 22:52

Les Joutes du Téméraire – novembre 2012 – Nancy



Putain de conv de ouf malade !

Levé avant le soleil pour choper un train zaux zaurores à Gare de l'Est, je débarque à Nancy vers 10 heures. Quand j'arrive à la conv, le stand Opale est déjà opérationnel. C'est la première fois que je viens aux Joutes. L'événement se déroule dans un bâtiment de l'Université des Sciences. Y'a un rez-de-chaussée, où son concentrés l'accueil, la buvette et divers stands marchands, et un étage, où qu'on peut jouer à un peu tout (platal, Magic, jeux vidéo et bien sûr, jdr). Le stand Opale est idéalement placé, en haut de la rampe qui mène à l'étage.

Moi, je suis là pour faire de l'initiation. Mes parties, comme toutes celles proposées par Opale, avec qui je collabore (hé, on ne change pas une équipe qui gagne), sont gratuites. Ce sont les parties longues et les tournois qui sont payants. Et justement, à peine installé que déjà j'ai cinq joueurs. Les conditions de jeu sont bonnes en ce début de conv : pas trop de monde donc pas trop de brouhaha, et pas encore d'animations musicales (ça déboulera plus tard, en aprème). Et puis, je suis frais et les joueurs aussi. Résultat, une super partie, très cinématographique et vraiment bien rythmée. On finit en TPK mais les joueurs applaudissent. Ça fait plaisir.

J'enchaîne trois autres White trash dans la journée et termine par un Sombre zéro. Je pense que j'aurais eu la pèche pour un cinquième Sombre classic, ce qui aurait constitué pour moi une sorte de record assez hallucinant, mais il est tard et les joueurs sont pressés. Ensuite, les parties nocturnes se mettent en place, avec un event organisé par Mando : une nuit survivor, sponsorisée par Terres Etranges. Les survivants des parties nocturnes sont téléportés en fin de nuit dans une arène Sombre pour s'entretuer jusqu'au dernier. Le dernier survivant, une cheerleader, gagne un Sombre 2. À côté de ça, Krom enchaîne deux parties de Sombre dans un coin, hum, sombre. Globo mène également du Sombre, une première pour lui. Il récupère Les chasses du comte Lassary, un scénar Malef qu'il bidouille à la sauce Sombre. Visiblement, ça prend bien. Moi pendant ce temps, je dors.

Le lendemain matin, retour à la conv. Ma première partie est un cran en dessous de celles de la veille car, en dépit d'une nuit très correcte, j'accuse la fatigue. Je me dope au soda et aux oursons gélifiés (pitin, ct'une drogue ces machins) puis repart pour une deuxième partie nettement meilleure. En toute fin de conv, alors que plus personne ne mène (les meneurs de la nuit sont épuisés, c'est zombieland derrière le stand Opale), j'enquille deux Sombre zéro d'affilée puis remballe. Le temps de serrer quelques pognes et de claquer quelques bises, et me voilà reparti vers mon train. J'arrive à Paris en mode mort-vivant mais super content de mon geek-end (comme dirait Globo). Ce fut juste énorme !

Orga carrée, bénévoles disponibles et accueillants, public nombreux, les Joutes c'est bon, mangez-en. Ce n'était pas le rush de Cidre & Dragon, où les gens attendaient à côté de ma table pour la partie suivante, mais y'avait un bon flux. Je ne suis jamais resté plus de vingt minutes sans mener.

Spéciale dédicace à Mario, un orga comme on aimerait en avoir à chaque conv, et aux gens d'Opale, qui roxxent toujours autant du poney moldave. En particulier, merci à Chr, Marcus et Emilie, qui m'ont rempli ma table. Merci à Globo, Krom et Mando, qui ont mené du Sombre. Ça me fait toujours autant kiffer de voir mon jeu tourner à d'autres tables que la mienne. Merci encore à Mando, qui s'est accrochée à son idée de nuit du survival, un event pile poil taillé pour Sombre.



*



Ils l'ont dit, l'ont presque dit ou auraient pu le dire, mais pour respecter leur anonymat, je ne citerai que leurs prénoms :

+ Xavier : la narration partagée, ça me fait des choses bizarres dans le dedans de mon moi-même.

+ Emilie : Dark Heresy, fastoche que je le lis sans les mains, et même sans les yeux.

+ Ghislain : j'aime lire des jeux narrativistes, mais pour ce qui est de jouer, je préfère le tambourin. Au moins, je sais comment ça fonctionne.

+ Renaud : mes parties courtes, je préfère quand elles durent onze heures. Là, t'as bien le temps d'expliquer les règles.

+ Benjamin : quand vous me voyez avec ma mallette et ma casquette FBI, appelez-moi Grissom siouplait.

+ Lionel : mes aides de jeu, c'est des capotes. Après ça, on pourra pas dire que le jdr, c'est un truc de puceau.

+ Vincent : quand j'étais jeune, mon cocktail de conv, c'était café + Guronsan + Coca, mais j'ai arrêté. Maintenant, je fais café + Guronsan + Red Bull, c'est bien mieux.

+ Delphine : y'a pas photo, mon actrice préférée dans Star Trek classic, c'est Sasha Grey.

+ Christian : j'attends une promo pour des strings Opale, faut sauter dessus parce que t'as que 72 heures pour envoyer le modèle.

+ Fabien : le jdr traditionnel, faudrait l'interdire. Et comme ça, on pourrait écrire un jdr indie où on jouerait des rebelles réactionnaires en lutte contre l'anticonformisme.



*



Pour finir, mon bilan perso :

Sombre classic - White trash :
+ Partie 1 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 2 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 3 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 4 : cinq joueurs, un survivant.
+ Partie 5 : cinq joueurs, un survivant.
+ Partie 6 : cinq joueurs, un survivant.

Sombre zéro - Overlord :
+ Partie 1 : six joueurs, deux survivants.
+ Partie 2 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 3 : cinq joueurs, zéro survivant.

Au total : 9 parties, 46 joueurs, 41 morts.


Ah, et je viens de faire le cacul : j'ai désormais 65 parties de White trash au compteur. On me l'aurait dit en février 2011, lors du crash-test de ce scénario, je ne l'aurais pas cru.
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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 24/11/2012 à 15:01

House of the rising dead II : Dead of night – en ludothèque à Saint-Denis – novembre 2012



Il fait froid, il pleut, et voilà t'y pas que je débarque à Saint-Denis pour poser du jeu à la ludothèque où bosse Crapaud-à-plumes. Ct'un projet qui remonte à loin, on a calé ça il y a plusieurs mois. Ma mission : faire jouer quatre gamins de 7 à 10 ans à Sombre zéro (la variante que j'ai publiée dans Sombre 2) pendant un peu plus d'une heure. C'est dans mes cordes. Crapaud les ayant initiés, ils connaissent déjà le jeu de rôle. Cool.

Après un rapide tour du propriétaire, on s'intéresse à l'espace de jeu. Y'a moyen de jouer par terre, sur des coussins, dans une petite pièce un peu à part, comme le fait habituellement Crapaud. Mais je dis non. Moi, il me faut une table et des chaises. Je suis un garçon old school qui, même avec des gamins, fait du jdr à l'ancienne : plan, crayon, gomme, feuilles de perso, dé. By the book, je vous dis.

Hop, hop, micro-déménagement et voilà que j'ai ma chtite table et mes cinq chaises. J'ai en effet annonca que je prendrai quatre joueurs, plus serait déraisonnable étant donné qu'on va jouer dans le bruit, que les gamins ne me connaissent pas et que je n'ai qu'une heure devant moi pour boucler le brainstorming et la partie. Parce que oui, c'est un quickshot. Même pas peur, même pas mal.

Crapaud m'explique le principe de base de sa ludo : ici, c'est jeu libre. Tu joues à ce que tu veux aussi longtemps que tu veux et quand tu veux plus, juste t'arrête. Ça veut dire que les joueurs peuvent se barrer de la table exactement quand ils le veulent et que je ne peux rien dire. Okaaaay, y'a du challenge.

Crapaud a mis en place un système de préinscriptions qui me chagrine un peu parce que, par un malheureux concours de circonstances, il exclut Francesca, une gamine qui accroche grave au concept de Sombre. Des films d'horreur, elle en a vu et elle aime ça, mais je ne peux pas l'accueillir à ma table en tant que joueuse, les quatre places sont réservées à d'autres. Elle sera donc spectatrice. J'aurais préféré qu'elle puisse jouer, l'enthousiasme est une vertu cardinale en jdr. En tout cas, c'est un truc qu'en tant que meneur, j'adore voir chez mes joueurs, quel que soit leur âge.



Le brainstorming

Et en fait, c'est Francesca qui trouve le sous-genre de la partie : une histoire de maison hantée. Elle la ramène pas mal durant le brainstorming mais je la laisse faire car sa culture de genre m'est bien utile pour mettre mes quatre joueuses dans le bon trip. Quand il s'agit de recadrer, c'est toujours plus efficace lorsque c'est un pair (en l'occurrence, un autre enfant) qui s'en charge. Moi, je me contente de signaler que jouer des vampires, des fantômes ou des zombies, ce n'est pas ce qu'on fait à Sombre. Ça, ce sont des rôles de méchants.

Le groupe sera donc composé de quatre sœurs, de 19, 18, 17 et 16 ans. Comme me fait remarquer l'une de mes joueuses, leur mère n'a pas chômé. Elle est morte, malheureusement. D'un accident de voiture, avec son mari. Les PJ sont donc orphelines. Il y a Tiffany, Océane (le prénom d'une animatrice), Sabrina et... la quatrième joueuse sèche grave. À vue de pif, je propose Jennifer. Ça plait. Jennifer donc. Les PJ les plus âgées, Jennifer et Océane, travaillent. Les joueuses veulent de bons métiers, qui gagnent bien : vendeuse en boulangerie et coiffeuse. Je valide bien sûr. Les plus jeunes, Tiffany et Sabrina, sont lycéennes.

Avec le peu d'argent qu'elles ont hérité de leurs parents, elles viennent d'acheter une vieille baraque pour y vivre à quatre (actuellement, certaines sont hébergées chez des amis, d'autres sont en foyer. Ça craint). Y'a pas mal de travaux à faire dans la maison, donc elles ont décidé d'y passer tout un week-end pour commencer à la nettoyer. Ça c'est moi qui l'annonce, histoire de poser un peu mon amorce. Il serait temps, tout de même.

Je trace un plan. En quickshot avec des enfants, je ne leur demande pas de le faire, c'est moi qui m'en charge (avec des adultes par contre, c'est à eux de bosser). Le plus souvent, j'improvise le plan à mesure que je mène mais là, c'est inapproprié car il ne s'agit pas d'un scénar d'exploration. La maison est bien connue des PJ, on ne va pas faire un PMT. Du coup, je me colle au plan avant le jeu. Et c'est top fastoche, je dessine de mémoire celui de House of the rising dead. Un rez-de-chaussée, un étage, nickel pour une partie courte.



La partie

Je demande aux filles comment elles s'organisent pour le ménage. Qui fait quoi où et quand ? Entrée en matière standard. Et pour le repas du soir, comment ça marche ? Elles hésitent : Quick halal ou kebab ? Kebab. Arrive la nuit et là, c'est moi qui explique qu'elles ont prévu de dormir dans une chambre, chacune dans son sac de couchage. Camping dans la maison déserte, pile poil film d'horreur. Francesca sent qu'il faut que ça démarre, et je suis bien d'accord. « Y'a pas encore de suspense ? », me demande-t-elle.

Je lui réponds que ça va bientôt arriver et lance le truc : en pleine nuit, les PJ sont réveillés par des bruits de pas lourds dans l'escalier. Y aurait-il quelqu'un dans la maison ? Tiffany ouvre la porte de la chambre pour en avoir le cœur net : personne dans l'escalier. Mais est-ce que la porte d'entrée est bien fermée ? Il faudrait que quelqu'un se dévoue pour aller vérifier, on ne peut pas laisser la maison ouverte durant la nuit. L'union fait la force : Jennifer, Océane et Sabrina descendent pour voir ce qu'il en est. Tiffany reste dans la chambre, elle consulte Facebook sur son téléphone portable. Ah mon Dieu, faut pas me faire des ouvertures narratives comme ça ! :-)

Je gère en simultané, mais sans aparté évidemment. On n'a pas le temps et ça ne fonctionne de toute façon pas super bien avec les gamins. Exclus de la table, ils décrochent de suite. Au rez-de-chaussée, la porte d'entrée est bien fermée. Mais il commence à faire super froid dans le couloir, tellement que les filles voient leur haleine qui dessine des panaches de vapeur dans l'air nocturne. Et pour ne rien arranger, il fait aussi de plus en plus sombre. Malgré la lampe de camping, on n'y voit plus grand-chose, comme si les ténèbres étaient vivantes. À l'autre bout du couloir, un homme à la silhouette indistincte se tient debout dans le noir. Il a la respiration sifflante et ses yeux rouges luisent dans l'obscurité. Panique à bord.

À l'étage, ça ne va pas mieux. Je m'approche de la joueuse qui incarne Tiffany et lui glisse à l'oreille qu'elle vient de recevoir un message sur Facebook : « Vous allez toutes mourir ». Re-panique. Tiffany passe dans la pièce adjacente à la chambre pour s'équiper (c'est là que se trouve le matos de nettoyage) mais y'a plein de petits bruits bizarres dans l'obscurité. Des grattements. Elle rallume son portable pour éclairer et constate que la pièce est envahie de dizaines, de centaines, de milliers, que dis-je de millions, de cafards. Des gros cafards blanchâtres bien dégueu qui grouillent sur les murs et le sol. Y'en a partout.

Au passage, ce n'est pas mon idée : je l'ai piquée à la joueuse qui joue Océane, la plus jeune de groupe. Pendant qu'on parlait de nettoyer la maison, elle m'a demandé s'il y avait des cafards puis m'a expliqué qu'en Tunisie, elle en a vu des énormes, gros comme sa petite main, ce qui l'avait visiblement très impressionnée. Du nanan pour un meneur d'horreur.

Donc les cafards grimpent sur Tiffany pendant qu'au rez-de-chaussée, Jennifer se rend compte que la porte ne s'ouvre pas. La clé refuse de tourner dans la serrure. Les trois filles foncent dans la salle de bains puis dans le salon pour essayer de trouver une fenêtre ouverte. Francesca les engueule en leur disant qu'elles ne connaissent rien aux films d'horreur. Parce que dans un film d'horreur, on ne se barre pas comme ça de la maison. Elle a bien raison car y'a pas moyen. Tiffany, elle, hurle. Les cafards lui grimpent dessus, la mordent et lui sucent le sang.

Dans le couloir, l'homme aux yeux rouges a disparu. Jennifer, Océane et Sabrina remontent à l'étage pour voir ce qu'il advient de leur sœur. Elles la trouvent en soutien-gorge et culotte, en train de se gratter la peau jusqu'au sang (ce qui a provoqué une Blessure). Des cafards, aucune trace. Tiffany est interloquée. Comment, quoi, qu'est-ce ? Puis la joueuse percute : « C'est peut-être que c'était dans ma tête tout ça ». Peut-être bien, en effet.

Que faire maintenant ? La seule chose de raisonnable en pareille circonstance : se recoucher mais veiller, portables ouverts. J'adôôôre. Et bien sûr, j'en profite : les téléphones s'éteignent tous en même temps et soudain se rallument. Des photos s'affichent sur les écrans : ce sont les cadavres des PJ, étendus dans la maison. Elles ont été déchiquetées, y'a du sang partout. Sabrina flippe, les autres ne sont pas rassurées. Jennifer demande qui a envoyé les photos, je réponds qu'elles viennent de leurs propres comptes et boîtes mail. Elles se les sont envoyées les unes aux autres. Re-flippe.

Dans l'escalier, les pas lourds reviennent à la charge. Branle-bas de combat : tout le monde se rue sur le matos de nettoyage/bricolage pour trouver des armes. Hop, mini brainstorming : j'autorise un unique couteau (hé ouais, le plan kebab, c'était forcément pour éviter de cuisiner). Pour le reste, faut trouver des idées un minimum crédibles. Le bouclier, c'est non. Le balai, ça le fait. La bombe anti-cafards, la boîte d'allumette, le râteau et la paire de ciseaux aussi. Francesca propose un marteau, que j'aurais également validé.

Tiffany sort de la chambre en mode guerre et tombe nez à nez avec l'homme aux yeux rouges. Là normalement, on devrait enchaîner sur un climax de brutasse, mais on n'a pas le temps. Il est 18h et les parents arrivent pour récupérer leur progéniture. Ayant vu l'heure tourner, je savais qu'on n'aurait pas le temps de finir et m'étais préparé. Je plie le truc en trente secondes : Tiffany frappe l'homme à grands coups de balai, il lui déchire la gorge avec ses mains griffues, elle se réveille en hurlant. On est dimanche matin, le soleil brille déjà. Elle est dans son sac de couchage, à côté de ses trois sœurs. Tout ça n'était qu'un vilain cauchemar.

Générique



Le bilan

Une partie trèèès sympa. Conditions de jeu assez rock'n'roll bien sûr (du bruit, du mouvement, plein de gamins qui viennent et qui vont, tout ça) mais ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude. J'ai vraiment regretté pour Francesca, qui n'a pas décollé de la table. Si la partie avait été jusqu'à son terme, je lui aurais très probablement refilé l'antago à jouer. Hé, elle connaît Massacre à la tronçonneuse et Scream !



*



Et pour finir, un peu de promo :

Image


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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 07/12/2012 à 02:26

From Russia with Blood II : Russia's greatest love machine – en cercle privé – décembre 2012



Il y a des parties qu'il faut mériter. Celle-là, ça fait plusieurs mois qu'on essayait de la caler avec Michael. Tout vient à point à qui sait attendre mais ça me fait quand même bien plaisir que les astres soient enfin propices. Si j'étais en meilleure forme, mon bonheur serait complet. J'ai esquivé une crémaillère la veille pour assurer aujourd'hui, mais ce n'est pas encore ça. Je traîne une simili crève, pas la grosse qui te cloue au lit, la petite qui s'accroche, tourne en tâche de fond et qui te ralentit au quotidien. Et par-dessus ça, je suis fatigué, vraiment fatigué. J'ai pas arrêté depuis la rentrée et je commence sérieusement à atteindre mes limites.



Le brainstorming

Il est 17h10, j'ai expliqué les règles (pas mal de monde autour de la table a déjà fait du Sombre mais une petite révision avant une créa collective, ça ne fait jamais de mal) et on commence à cogiter. Les idées pleuvent, mais y'a trop rien qui accroche : du victorien anglais ? Du Alice au Pays des Merveilles destroy ? Du Everyone is John à la mode horrifique ? On rigole bien mais ça n'avance pas trop et je n'ai pas la pèche nécessaire pour cadrer comme il faut. Je suis trop en retrait. Du coup, ça traîne plus que de raison et surtout, je ne me rends pas compte que je loupe des trucs, ce qui va me jouer des tours durant la partie.

Finalement, le consensus se fait autour de la Russie tsariste. Ah vous aussi vous trouvez que la Russie est à la mode à ma table ? Mais moi, ça me va bien. No soucy. L'idée de base, c'est un groupe de gens qui se rendent dans une maison bizarre, dont ils ne pourront pas sortir, pour demander un truc important à quelqu'un. Le quelqu'un est un sorcier puissant, rien moins que Raspoutine lui-même (une idée à moi. Comme disait doc Brown, « Tant qu'à voyager dans le temps, autant le faire avec une bagnole qui a de la gueule ! »). Le truc important a trait au confort matériel et à la réputation des PJ. Ils sont dans une situation désespérée et ont besoin d'un sérieux coup de pouce surnaturel. Ça me paraît cool.

+ Michael est Serguei Dotrichisk, un noble excentrique, Solidaire et Lent, passionné d'occultisme, il a monté une entreprise d'élevage de chiens (cherchez l'erreur). Il avait un contrat avec l'armée pour la livraison de chiens de combat, mais par un malheureux coup du sort, il s'est retrouvé avec tout un wagon de chiens de compagnie, le genre de bestioles qu'on sort dans les salons, pas sur les champs de bataille. Du coup, faillite et opprobre.

+ Richard est Sophia Romanova, maîtresse de maison affectueuse, épouse de Serguei. C'est une Paris Hilton à la mode russe, deux neurones qui tournent en boucle (elle est Écervelée mais je ne trouverais pas le moyen d'activer son Désavantage dans la partie tant Richard va la jouer blonde) et un 'tit Chien (c'est de là que vient l'idée de l'élevage de Serguei). Un youki qui s'appelle Youri. Richard me montre à quoi ressemble le bestiau sur son portable, c'est une sorte de crevette anémique avec des poils. Direct, je décide qu'il est Inapte au combat (il ne peut pas attaquer, juste gêner). C'est Sophia qui est responsable du fiasco de l'élevage canin mais personne n'est au courant.

+ Sandra est Alexander Lieivov, un capitaine impulsif, Résilient et Bipolaire, vétéran de la guerre russo-japonaise (qui lui vaut quelques Préquelles) et ami d'enfance de Serguei, qui l'a entraîné dans son affaire d'élevage canin. Il y a lui aussi tout perdu, c'est la cata. Son seul rayon de soleil, c'est Sophia, dont il est secrètement amoureux.

+ Yuz est Annuska Poliakov et son concept, c'est la soubrette surnaturelle, un archétype qu'elle le kiffe tellement qu'elle en joue tout le temps me dit-on. Oui, parfaitement : une domestique Médium et Possédée. La totale. Moi ça m'arrange. Vu qu'il va y avoir du fantastique dans la partie (Raspoutine façon sorcier, une maison zarbi), ce n'est pas plus mal qu'il y ait un PJ surnaturel. Donc OK, Possédée. Mais par quoi ? « Le démon de la luxure » répond Yuz, toute pleine de naturel et d'ingénuité. Ah ouais, carrément. Bon, une soubrette habitée par un démon du sexe, ça me fait un peu beaucoup l'impression d'un concept à la Marc Dorcel. Amour ancillaires et ce genre de choses. Allez, je valide. Faut savoir vivre dangereusement. L'histoire d'Annuska, c'est qu'elle était médium à son compte, mais qu'elle a arrêté après la possession. Elle se réveillait le matin chez des inconnus ou dans des bordels moscovites, ça ne pouvait plus durer. Elle a trouvé à se faire embaucher par Serguei, l'un de ses anciens clients (il est passionné d'occultisme, rappelons-le), en temps que dame de compagnie de sa femme. Des fois que Sophia se sentirait trop seule avec son youki.

+ Talah est Sveltana Rostov, enquêtrice cynique embauchée par Alexander (qui l'a présentée comme sa cousine) pour tirer au clair cette affaire d'élevage de clebs. Elle est Irrésistible et a conclu un Pacte. Je prends Talah en aparté pour qu'on étoffe le truc. Ma relationship map sous les yeux, je cogite. Le Pacte bien sûr, c'est avec Raspoutine. Je n'ai a priori que ce PNJ à ma dispo et devoir une faveur à un antago, c'est toujours fun. Reste à bricoler une histoire derrière ce marchandage, de préférence un truc en rapport avec les autres PJ. Je propose : Sveltana a rencontré Uriel, le démon de la luxure qui possède Annuska, est tombée amoureuse de lui et voudrait qu'il soit tout le temps à ses côtés. En clair, qu'il possède à temps plein le corps d'Annuska. Un seul homme est capable de réaliser ce souhait : Raspoutine. Elle est allée le trouver et lui a présenté sa requête. Il a accepté et lui a demandé d'amener les PJ chez lui. Sveltana a habilement manœuvré pour se faire embaucher par Alexander et convaincre tout le monde, en premier lieu Serguei, que Raspoutine était la solution à tous leurs problèmes. Capilotracté mais bon.



La partie

Pause repas, qui me requinque un peu (je suis comme les tennismen, si j'ai pas mon plat de pâtes, pas moyen que je monte au filet) et on attaque. Il est précisément 23h46 et c'est super super tard. Je suis crevé, Talah (qui, elle, n'a pas esquivé la crémaillère de la veille) ne vaut pas mieux que moi, Michael est foncedé, Richard pas super vaillant, Yuz accuse la fatigue et Sandra est en mode zombie. La loose.

Le bon point, c'est qu'on a un super plan de la maison de Raspoutine, une sorte d'hôtel particulier en banlieue de Moscou. Sandra, qui a déjà visité un bâtiment du genre, n'a pas eu de mal à nous mettre ça sur papier. Y'a tout : des caves dévolues aux domestiques, un rez-de-chaussée pour recevoir les invités (parloir, salon, salle à manger, salle de bal), un premier étage pour vivre (chambres, bibliothèque, bureau), un second pour loger les domestiques qui bossent à la cave, et enfin un toit terrasse. Excellent.

Donc il est tard, la même heure dans le jeu que dans la réalité, et les PJ sonnent à la porte de Raspoutine. Natacha, une jeune domestique, leur ouvre. Treize ans à peine, d'origine mongole (voui, j'ai un trip Oulan-Bator en ce moment), vêtue d'une sorte de robe noire. Elle les conduit au salon bleu et les fait patienter pendant qu'elle avertit son maître de leur présence. Je ne veux pas parachuter Raspoutine tout de suite, j'attends que les joueurs aient commencé un peu à roleplayer. Et effectivement, ils s'y mettent. Tout le monde est de bonne volonté et fait des efforts sensibles. On rentre doucement dans la partie et c'est cool.

Natacha finit par redescendre de l'étage et les conduit dans la salle à manger, où un repas froid est servi. Dans la cheminée, un feu crépite. Dehors, le brouillard s'est levé. Raspoutine se fait désirer mais finalement arrive. Question look, je tape dans la version Mignola : costume noir, longue barbe, crâne soigneusement rasé, un anneau d'argent à chaque doigt (ma touche perso). Niveau roleplay, je décide de la jouer fine. Dans mon souvenir, le Raspoutine historique est un homme intelligent mais frustre, limite brutal. Or j'ai besoin d'un PNJ un poil plus subtil. On est parti pour faire un mélo, si mon PNJ principal se la raconte troll, ça ne va juste pas le faire.

Donc civilisé, le Raspout'. Gentleman, presque. Il écoute les doléances des PJ et répond que oui, il peut faire quelque chose pour eux mais que tout à un prix et que le sien est élevé : une vie. Pour prouver que le jeu en vaut la chandelle, autrement dit qu'il est vraiment le sorcier qu'il prétend, il saisit le poignet d'Annuska et appelle le démon qui l'habite. Les yeux de la jeune femme se révulsent tandis qu'Uriel prend le contrôle de son corps. J'exclue Yuz de la table le temps de décrire aux autres joueurs le comportement de son PJ : elle se lève, s'assoit à califourchon sur les genoux de Sveltana, et lui roule une méga pelle. Ah bin oui, si on est dans un Marc Dorcel, une scène lesbienne s'impose. Surtout, j'espère que ça va lancer le mélo.

À ce stade de la partie, les PJ devraient déjà tous tenter de se sauter à la culotte. Leurs objectifs personnels les y incitent fortement. Comme l'a dit Richard durant le brainstorming, on est en plein Santa Barbara : Alexander veut séduire Sophia, Sveltana veut coucher avec Serguei, Sophia veut trouver un père pour son futur enfant, celui qu'elle n'arrive pas à avoir avec Serguei. En bonne logique, les apartés devraient péter dans tous les coins. Mais en fait non, y'a trop rien qui bouge. Ça joue, hein, y'a pas de véritable temps mort, mais la mayo ne monte pas. Le rythme est lent, trop lent. Bon, la fatigue n'y est pas pour rien non plus. Comble de malchance, Sandra, malade, est contrainte de quitter la table pendant un long moment. Ça n'aide pas.

Je sens poindre un plan Titanic. Pas le film, hein, le bateau. Si je ne fais pas quelque chose rapidement, le scénar va prendre l'eau. Et c'est là que je me rends compte que j'ai mal géré le brainstorming car je n'ai rien à dispo pour dynamiser la partie. Il me faudrait un PNJ pour distribuer le jeu et amorcer énergiquement la pompe à mélo, mais je n'en ai aucun qui fasse l'affaire. J'avais évoqué la possibilité d'en intégrer un au groupe, mais ne l'ai pas fait. Grossière erreur.

Po-po-po poker face, mais au-dedans de moi-même, je cogite à deux mille à l'heure. Pas question de sortir un PNJ ami de mon chapeau. Y'a trop rien de dispo dans le background des PJ, juste la grand-mère d'Alexander, dont je ne vois pas quoi faire, et Nikolai, l'associé de Serguei, qu'on invente en cours de jeu mais bien trop tard pour que je puisse le valoriser. De toute façon, le huis clos est déjà effectif, plus moyen de faire entrer quelqu'un dans la maison. Un brouillard surnaturel l'entoure de toutes parts. Il faut que je trouve autre chose.

Ayant posé ses conditions, Raspoutine se retire en attendant que les PJ lui désignent celui d'entre eux qui se sacrifiera. S'ils refusent, tous mourront. Vu que le mélo n'accroche pas, j'essaie de rebondir sur un terrain différent, mais ça tombe un peu à plat. Et c'est là aussi de ma faute : je n'aurais jamais dû laisser passer cette histoire d'élevage de youkis, c'est trop burlesque. Ça nous fait bien rigoler, surtout que Richard se donne bien dans le registre bimbo décérébrée, mais c'est hyper dur pour moi de construire quoi que ce soit d'un tant soit peu horrifique là-dessus. L'enjeu (la mort d'un PJ) paraît disproportionné par rapport au postulat de départ. L'articulation n'est pas organique du tout et du coup, ça n'a pas l'effet d'entraînement escompté.

Putain, je rame.

En désespoir de cause, je fais monter Natacha au front. Les PJ cogitent fort sur cette histoire de sacrifice et de brouillard bizarre, ils voudraient plus d'infos. La gamine s'assoit à leur table et leur raconte qu'elle a été vendue à Raspoutine avant sa naissance, qu'il s'est occupé d'elle, lui a appris à lire mais la terrifie. Elle dégrafe sa robe pour montrer les terribles cicatrices qui lui labourent le torse : une nuit, elle a tenté de sortir dans le brouillard. Je meuble comme je peux, hein.

Heureusement, Talah bouge de son côté. Elle conspire en pire, ce qui anime la partie. Michael lui aussi est de bonne volonté. Ce n'est pas tant son objectif personnel (devenir le disciple de Raspoutine) qui le mobilise que l'envie de faire avancer l'histoire. Ça tergiverse pas mal mais c'est lui qui mène et relance la réflexion sur le cas Raspoutine. Il cherche un moyen de satisfaire à la demande du sorcier sans sacrifier de PJ. Après moult hésitations, la décision est prise de faire appel aux talents d'Annuska. Rhaaa mais ouiii, il était temps ! Je commençais sérieusement à être à court d'idées. Si ça avait duré plus longtemps, je n'aurais sans doute eu d'autre choix que de faire débouler Raspoutine en mode guerre pour emballer un peu la partie.

La médium sort les dés spirites qu'elle utilise pour entrer en transe et se concentre. Oui, son focus, ce sont des dés. Yuz était trop frustrée de devoir jouer avec les miens (j'ai mon propre set, que je distribue aux joueurs), alors elle a trouvé ce petit moyen malin pour vider quand même sa bourse sur la table. Cas classique de fétichisme rôliste. :-)

Ce qu'elle ne sait pas, c'est que, durant notre aparté initial, on a convenu, Talah et moi, que Sveltana avait cambriolé le domicile d'Annuska pour remplacer son set de dés spirites par un autre, fabriqué par Raspoutine, et qui accroît fortement les chances de possession par Uriel. C'est pour cela que Sveltana est redevable à Raspoutine. Du coup, quand Annuska sort ses dés, j'exclue direct Yuz de la table. Uriel se pointe et je sors le grand jeu. Tandis que la cheminée et les lampes se mettent à briller bleu, Annuska se déshabille, grimpe sur la table et aguiche les PJ jusqu'à décider Sveltana et Alexander à copuler avec elle. Ouais ouais, triolisme en intérieur bourgeois. Dorcel for ze win.

Une fois tout le monde rhabillé, ils remettent ça grâce à l'Avantage Solidaire de Serguei. Pas le triolisme, hein, la transe médiumnique. Mais là, je demande un jet d'Esprit à Annuska, qu'elle foire. Retour d'Uriel, sauf que Yuz reste à table. La médium est consciente durant la possession, mais ne peut rien faire ni dire. Elle regarde. Le démon, lui, n'est pas content. Les invocations à répétition, ça le lourde bien comme il faut. Du coup, il menace : faites bien gaffe à Annuska, je ne veux pas qu'il lui arrive malheur, j'aime son corps. Si vous me l'abîmez, je me vengerai. Ça rigole pô. Et tant que j'y suis, Uriel lâche qu'Alexander bande pour Sophia. On ne sait jamais, si ça pouvait activer un peu le triangle Alexander-Serguei-Sophia. Mais en fait non. Les joueurs prennent acte de la révélation mais ça n'impacte pas le jeu.

À ce stade, ce n'est plus trop grave parce qu'on est en montée de climax. Serguei annonce qu'il se porte volontaire pour le sacrifice : c'est son entreprise qui a mis tout le monde dans la mouise, il assume. Michael a un trip palouf, me dit-on. Bon, pas trop de réaction de la part de Sophia ni d'Alexander, mais ça non plus ce n'est pas un souci. L'initiative de Michael suffit à lancer le bousin. Il demande à Natacha d'aller avertir Raspoutine, Sveltana renchérit en sollicitant elle aussi un entretien privé. Je commence par elle.

Raspoutine lui explique son plan : il veut incarner Uriel dans le corps d'Annuska puis lier le démon à sa personne. Ce n'altèrera pas sa relation avec Sveltana. C'est moins Uriel qui intéresse Raspoutine que ses pouvoirs. Il a beaucoup d'ennemis à la cour du Tsar et un atout surnaturel de ce genre lui serait bien utile. Sveltana, elle, voudrait trouver un moyen pour qu'Uriel lui soit fidèle. Ça ne lui a pas fait plaisir tout à l'heure de le voir se taper Alexander, elle en souffre. Il s'agit à la base d'une didascalie que j'ai transmise par petit papier à Talah durant le jeu et qu'elle intègre maintenant à son roleplay. Veeery nice.

Raspoutine lui répond qu'il n'est pas en son pouvoir de commander l'amour d'un démon de la luxure. À Sveltana d'assurer de son côté, de le séduire. Ouais, ouais, mélo toujours. En partant, Sveltana donne à Raspoutine le set de dés spirites qu'elle a subtilisé à Annuska (encore bien vu, Talah !). Le sorcier la remercie, ça va lui être bien utile durant son rituel. Enfin, il annonce que tous les PJ, à l'exception de Sveltana et Annuska bien sûr, doivent mourir. Pas question que quelqu'un sorte de la maison en vie et aille tout raconter. Il commande à Sveltana de s'occuper d'Alexander et lui donne une dague qu'elle dissimule sous ses vêtements.

L'aparté suivant est plus bref. Serguei annonce à Raspoutine que ce sera lui le sacrifice. Le sorcier le complimente sur son courage et lui demande de le rejoindre dans un quart d'heure sur la terrasse. Depuis le début du scénar, je visualise un climax à la mode Cthulhu, avec invocation de bestioles tentaculaires dans la cave, mais je change in extremis mon fusil d'épaule. On va plutôt se la jouer Ghostbusters, ça me paraît plus fun. Je ne le sais pas encore mais c'est une bonne décision, sans doute la meilleure que j'ai prise de la nuit. Parce que le climax, effectivement, va être très fun.

Donc tout le monde se retrouve sur la terrasse. Y'a encore du brouillard partout, mais il reste à distance raisonnable. Raspoutine attend les PJ devant un autel de pierre, une dague sacrificielle à la main. L'autel est bien sûr couvert de sang séché. Serguei s'avance, se dévêtit, s'allonge sur la pierre. Raspoutine l'entaille à de nombreux endroits, psalmodie et fait tout un tas de gestes bizarres que les autres PJ ne voient pas trop (il est dos à eux). Le sang de Serguei commence à couler vers le haut, absorbé par le brouillard qui s'approche pour consommer le sacrifice.

Pour le coup, je suis hyper content : au lieu d'injecter une nouvelle bestiole dans la partie, j'utilise le brouillard, un élément posé depuis le début de la séance. Ça me parait plutôt élégant, mon intuition de la terrasse était donc la bonne. Résultat, ça me met grave en confiance. Et j'en ai besoin : il est plus de 4h du mat, on est tous morts (enfin, surtout Serguei, qui agonise dans d'atroces souffrances) et il faut que je dynamise coûte que coûte cette fin de partie. Je passe en mode survival.

Annuska ressent une violente douleur au ventre, genre les pire règles de sa vie puissance dix mille, et vomit du sang (paf, procédure d'accident). Tandis que le cadavre se Serguei est dépecé par le brouillard, Raspoutine se retourne, la dague ensanglantée dans une main, le set de dés spirites dans l'autre. Il vient d'incarner Uriel, qui écrase complètement la personnalité Annuska. Exit la soubrette, mais Yuz continue à jouer son perso bien sûr. Raspoutine enchaîne et, utilisant les dés spirites comme focus, tente de lier le démon. Je cogite une seconde car je ne sais pas trop comment gérer l'affaire. Finalement, je vais au plus simple : je demande un jet d'Esprit à Yuz. À ce moment de la partie, son perso est à 4. Et elle fait 4, meilleure réussite possible. ÉNORME ! Réussite durable oblige, le plan de Raspoutine se barre total en couille.

Les PJ, eux, se barrent tout court. Alexander et Sophia se précipitent dans l'escalier. Natacha, qui n'est pas armée (elle n'a tout bêtement pas percuté que ça pourrait lui être utile. Elle n'a que treize ans et ce n'est pas un warrior), balance au passage sa lampe à huile sur Alexander, qui prend feu (j'applique la règle sur les brûlures). Sveltana se révèle en tant qu'antago et pousse Sophia dans les escaliers. C'est le bordel. Je rappelle Michael à table (après le sacrifice de son perso, il était parti comater sur le canapé) et lui donne Natacha à jouer.

Sur la terrasse, tandis que le jour commence à poindre et le brouillard à se dissiper, Raspoutine met un coup de dague dans le bide d'Uriel et le tue. Ah bin oui, quand on s'incarne, forcément qu'on devient mortel. Le sorcier ne voulait pas prendre le risque de laisser le démon en vie car il savait que ce dernier aurait essayé par tous les moyens de se venger de sa tentative d'asservissement. Mais Sveltana, qui est déjà dans l'escalier, n'a rien vu. Elle roule toujours pour Raspoutine. Raspoutine justement, je le donne à jouer à Yuz. PNJ 14 avec un Avantage Dur au mal qui fixe les dommages reçus. Une protection naturelle, quoi. Hé, il en a fallu pour tuer le Raspoutine historique.

Pour rejoindre les PJ, Natacha glisse sur la rampe. Bon sang, idée délire ! Super initiative de la part de Michael, qui, désarmé, prolonge la glissade jusqu'au rez-de-chaussée. Bon, Natacha se gaufre bien comme il faut à l'arrivée, sur le sol de marbre du hall, mais au moins, elle a le temps de filer jusque dans la salle à manger pour récupérer le tisonnier dont s'était saisi Serguei un peu plus tôt dans la soirée (mais qu'il avait finalement laissé dans la pièce). Pendant ce temps là, tout le monde dévale les escaliers. Alexander a éteint les flammes et dégainé son épée d'apparat (Sandra l'avait décrite en début de partie, je ne m'en souvenais plus). Bon, ce n'est pas une arme de guerre, donc je la bride : dommages fixes, mais on lance quand même le d6. Si 5 ou 6, l'épée se brise et ne peut plus servir d'arme. Je fais bien gaffe à ne pas surarmer les PJ pour maintenir la pression horrifique.

Sophia a grillé une action pour appeler Youri. Car on a convenu avec Richard que s'il ne s'occupe pas de son clebs (s'il n'indique pas régulièrement ce qu'il fait, où il se trouve) et bin, c'est moi qui le gère. Et là, ça fait longtemps que le youki-chérie-à-sa-mémère est dans la nature. Sauf que la bestiole est fidèle, c'est même pour ça que Chien est un Avantage. Du coup, quand on l'appelle, il se pointe. Il remonte l'escalier au moment où Natacha le descend sur la rampe. Et s'en va direct bouffer les couilles de Raspoutine. Enfin, pour peu que Richard réussisse son jet bien sûr. Youri est Niveau 10 et il fait 10, meilleure réussite possible !

La crevette poilue se jette sur le grand méchant Russe et le chope au mollet. Raspoutine essaie de le tuer mais il patine : sa première attaque foire. La suivante réussit mais fait des dommages fixes. Enfin, au troisième Tour, le clebs crève (il n'avait que 5 cercles de santé). Trois précieux Tours qui permettent à Alexander et Sophia d'atteindre le hall, Sveltana et Natacha sur leurs talons. On voit bien à travers les vitres de la porte d'entrée que dehors il fait jour et que le brouillard s'est dissipé.

Sophia, qui a le niveau d'Esprit le plus élevé, se jette sur la porte pour l'ouvrir mais foire son jet de chance : fermée. Les deux PJ obliquent vers le parloir. Sophia, toujours aussi perso, claque la porte à la gueule d'Alexander et Natacha, mais la petite met son pied en travers. Sveltana tue Alexander, Sophia saute par la fenêtre du parloir sans même prendre la peine de l'ouvrir (accident à l'issue duquel il ne lui reste plus qu'un seul et unique point de Corps). Natacha la suit sans réfléchir, mais elle est en si mauvais état (ne lui un seul cercle de santé à elle aussi) que la cascade lui est fatale. Elle s'empale sur un méchant bout de verre, son sang noir et malodorant gicle de tous côtés. Raspoutine, enfin arrivé dans le hall, tue Sveltana d'un magistral coup de dague tandis que Sophia, réduite à Corps 1, se traîne dans le parc vers le portail de la propriété, heureusement ouvert. Elle s'enfuit clopin-clopant dans le jour naissant.

Générique.



Le bilan

Une partie trèèès sympa, qui m'a apporté plein de satisfactions. Bon, le premier tiers manquait clairement de oomph, mais on finit sur une scène de survie carrément super classe. Inventive, rythmée, tendue et ce qui ne gâche rien, bien servie par le système et les dés. Le 4 de Yuz, le 10 de Richard, le sacrifice héroïque du youki, Sophia et Natacha qui mangent juste ce qu'il faut à la fin, ce fut grandiose !

Bon, le mélo n'a pas pris. À mon avis, ce n'est pas tant que c'était la mauvaise table (l'envie de jouer était manifeste et les joueurs faisaient de vrais efforts de roleplay) mais plutôt la mauvaise soirée. Début de partie trop tardif, joueurs et meneur trop fatigués. Pour que le mélo tourne, il aurait fallu que la table soit franchement énergique et proactive, que ça fuse de partout. Ce n'était pas le bon soir pour ça. J'aurais dû m'en rendre compte dès le brainstorming, ce qui m'aurait permis de l'orienter différemment. Une approche plus action, comme à Theix l'autre jour, aurait été nettement plus adaptée, la scène finale en est bien la preuve. Mal mené.

À côté de ça, je suis hyper content de la manière dont a évolué la partie. J'ai serré les dents et les fesses dans les deux premières heures de jeu, mobilisant mes neurones et mon énergie pour maintenir le bousin en mouvement. De la pure positive attitude doublée d'une féroce volonté de ne pas me résigner à l'échec, qui ont fini par payer dans les deux dernières heures. Au final, le crescendo dramatique et horrifique fut une réussite. Ce n'était pas gagné d'avance et du coup, ça m'a mis la grosse banane.

Et puis, j'ai kiffé mes PNJ. Natacha était très sympa à interpréter et ça m'a fait marrer de jouer Uriel en mode Dorcel. Cette petite scène pur porno était bien fun, d'autant que j'ai réussi à entraîner Talah et Sandra dans l'affaire. Rigolo tout plein. Raspoutine était plus dans la moyenne de mes dandys diaboliques, un archétype avec lequel je suis plutôt à l'aise et qui donc revient assez régulièrement dans mes quickshots. Sans compter que je ne l'ai pas trop joué, bien moins que Natacha. Grosse satisfaction cependant en ce qui concerne son plan machiavélique, bricolé en temps réel durant le jeu. Un bon dosage d'EvE (Raspoutine versus Uriel), qui a pallié au mélo et tiré la partie vers son climax sans pour autant exclure les joueurs. Übercool.

Cerise sur le gâteau, cette séance fut riche d'enseignements techniques. Les joueurs ont joué à fond le jeu du playtest en sélectionnant pas mal de nouveaux Traits. Et comme certains d'entre eux avaient déjà joué à Sombre, on a pu causer pendant le brainstorming de leurs expériences passées avec les Avantages et les Désavantages, du moins ceux qui font toujours partie de la nouvelle liste. Hyper instructif.



*



Et pour finir, un peu de promo :

Image


Sombre 1 et Sombre 2, les deux premiers numéros de la revue consacrée à Sombre, sont disponibles. 72 pages au format A5 et à pas cher (prix libre, minimum 7 euros par numéro + port). Pour commander, c'est par ici.
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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 17/12/2012 à 04:19

Sombre light 7 et Sombre zéro.



Image Image



Ho ho ho, c'est déjà Noël sur Terres Etranges.

+ La septième version du kit de démo de Sombre est disponible. Les changements par rapport à la version précédente sont minimes. Je les liste ici.

+ Dans Sombre 2, j'ai publié Sombre zéro, une variante de Sombre qui se joue sans crayon, juste avec un d6 et de petites tuiles de personnage. Pour faciliter la vie des meneurs de Sombre zéro, je mets aujourd'hui une planche de tuiles vierges à dispo.



Bonne lecture, bon jeu, bonnes fêtes.
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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 10/01/2013 à 19:51

Making-of : la couverture de Sombre 2.



Donc je sors un numéro du fanzine Sombre par an. Dans chacun, il n'y a qu'une illustration, celle de couverture, et elle est directement inspirée par le scénario du numéro. Pour Sombre 1, j'avais embauché Greg Guilhaumond, un illustrateur que je le kiffe grave et avec qui j'adore bosser. Vous vous en souvenez peut-être, j'avais raconté cette première collaboration dans un précédent making-of.

Vu que j'avais trouvé le résultat somptueux

Image

et que je tenais à ce qu'il y ait une certaine unité visuelle d'un fanzine à l'autre (en l'absence d'univers dédié à Sombre, le liant graphique me semble essentiel), j'ai tout naturellement sollicité à nouveau Greg.

Comme la première fois, je lui ai envoyé du texte, en l'occurrence un digest d'Ubiquité, le scénario que je prévoyais de publier dans Sombre 2. L'avantage, c'est que Greg l'avait joué en 2009, à l'occasion d'une convention parisienne. Ça simplifiat pas mal les choses.

J'ai accompagné mon texte de diverses idées d'illustrations. Celles qui avaient ma préférence tournaient autour du monstre double qui ouvre le scénario. Sachant que Greg aime dessiner des bestioles bizarres et qu'il excelle dans le domaine, le Siamois me paraissait la meilleure piste graphique. Pour bien expliquer l'anatomie particulière de la créature, j'avais joint deux croquis, gribouillés avec mes mains palmées toutes pleines de pouces gauches :

Image

Dans mon mail, je précisais que le Siamois avait une face à la Picasso, avec deux crânes imbriqués de manière à ce qu'il soit un peu de face et de profil en même temps.



Croquis préparatoires :

À mon sens, on pouvait traiter le Siamois de deux manières, en pied ou en portrait. Ces deux cadrages me semblaient les mieux à même de bien mettre en valeur les difformités du monstre. Dans le premier cas, on travaillerait pour un rendu dynamique, la créature étant représentée en pleine mitose. Dans le second, l'illu serait plus statique. Il s'agirait d'une sorte d'étude de caractère, l'expression du monstre pouvant être agressive, douloureuse ou simplement triste.

Greg a choisi l'option portait :

Image Image Image Image



Work in progress :

Ces croquis, je ne les ai vus qu'après car le premier truc que m'a envoyé Greg, ce fut ça :

Image

J'étais enthousiaste !

Par un miracle dont lui seul à le secret, Greg avait réussi à amalgamer toutes mes idées. Le portrait était dynamique, on voyait le Siamois en train de se dupliquer. Ce mouvement était porté par l'expression des visages, agressivité et confusion liées par une douleur commune et par l'œil central qui, tour de force graphique, s'inscrivait parfaitement dans les deux têtes. Putain, balaise !

Greg a affiné un peu :

Image


Puis on s'est posé la question des bouches. Fallait-il mieux les laisser béantes ou les séparer par un lambeau de chair ?

Image


J'ai tranché en faveur du lambeau parce que je trouvais qu'il rendait le visage de gauche plus expressif. Le méchant avait l'air plus méchant et ça me paraissait cool. Par contre, je n'étais pas fan de l'attache du lambeau sur le visage de droite, qui faisait un peu morve au nez. Greg en est tombé d'accord et a corrigé le défaut :

Image



Finalisation :

Enfin, Greg m'a proposé de faire un dernier passage pour texturer un peu :

Image

J'ai refusé car je trouvais que cela assombrissait trop l'illu et que ça minéralisait les visages. J'avais l'impression que le Siamois était fait de pierre ou de bois et cela ne me plaisait pas car il devenait moins expressif. On en est donc restés à l'étape précédente.

Ne restait plus qu'à coller la tritraille, ce qui a été plus facile qu'avec la couverture de Sombre 1 car là, on savait dès le départ exactement ce qu'on devrait mettre où. Fort de notre expérience précédente, Greg avait pu travailler sur la base d'indications précises. Au final, on a donc obtenu ça :

Image


Pas mal, hein ?




*



Et pour finir, un peu de promo :

Sombre 1 et Sombre 2, les deux premiers numéros de la revue consacrée à Sombre, sont disponibles. 72 pages au format A5 et à pas cher (prix libre, minimum 7 euros par numéro + port). Pour commander, c'est par ici.
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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 28/01/2013 à 09:25

Sombre fait sa pub sur YouTube.



« La peur comme au cinéma » c'est bien joli, mais en vrai, ça donnerait quoi ? Et bien, ça pourrait par exemple donner ça :

https://www.youtube.com/watch?v=QHr7rLxZ1Gg


Ce teaser vidéo est une coproduction Projets R + Terres Etranges.

Et perso, j'overkiffe !



Réalisation, images, montage :
Krom.isback

Acteurs :
Nicolas Frébourg : Freddy, le cadavre
Kevin Durand : le prêtre, le fantôme
Marie Dufays : l'œil

Musique :
Nors'Klh - La machinerie phallique du mont hurlant : http://myspace.com/norsklh
Produit par Alchemic Sound Museum : http://alchemicsoundmuseum.com

Remerciements :
Antoine Ruins, Cédric M.
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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 06/02/2013 à 14:04

La nuit n'a pas de cœur I : Dream queen – en cercle privé – février 2013



Talah, c'est une meuf qu'elle n'en veut du Sombre. Après notre partie de l'année dernière, elle m'a relancé pour une autre séance mais avec des amis à elle (plutôt que des amis à Michael, qui avait hébergé la partie). Nous partîmes six, subîmes quelques défections, mais par un prompt renfort des potes à Michael, nous nous vîmes quand même six en arrivant au port. Mais résultat, on se retrouve avec une table assez proche de celle de la dernière fois. Quatre vétérans sur six, moi compris.

Sur le fond, ça m'intéresse car ce n'est pas quelque chose qui m'arrive souvent. Autant de stabilité dans le casting d'une partie à l'autre est, démos et convs obligent, rare à ma table. Donc c'est cool. Sauf que la dernière fois, on avait fait une séance marathon et je ne veux pas que ça se reproduise. Au bout de la nuit et de la fatigue, Michael avait subi la malédiction de Raspoutine IRL avec cascades routières en technicolor. Cette fois-ci, je suis décidé à faire mieux.

Pas que je sois contre jouer longtemps, hein. Parmi mes meilleures démos de ces derniers mois, y'en a une qui a duré douze heures et l'autre quatorze, mais je ne veux pas qu'on perde autant de temps. En décembre, on aurait pu terminer trois bonnes heures plus tôt sans que ça n'affecte en quoi que ce soit la qualité de la partie. Je précise que c'était un peu beaucoup de ma faute car j'étais fatigué de chez fatigué. J'avais derrière moi un automne de folie, durant lequel j'avais enchaîné comme un taré bouclage de Sombre 2, promo et diffusion du zine, conventions et démos. J'étais sur les rotules et il s'en est fallu de peu que ce ne soit la partie de trop.

Aujourd'hui, ça va nettement mieux. J'ai fait un break de maîtrise depuis Noël, même pas un petit Sombre zéro sur le coin d'une table des Caves Alliées, et ai repris un rythme de travail plus raisonnable. Du coup, j'ai grave envie de mener. Et puisque je me retrouve avec une table très proche de la précédente, je décide que cette séance sera un playtest plus qu'une démo.

Sauf crash-test avec la dream team Sombre, mes parties sont toujours biclassées démo/playtest. Même en conv, je suis toujours en train de tester des trucs et des machins. Ça m'éclate. Mais je ne le fais pas à tort et à travers. En convention avec une table d'inconnus, j'évite de crash-tester un scénario entier. C'est trop casse gueule. Mais là, comme j'ai déjà joué avec trois de mes cinq joueurs et que je connais un peu la quatrième, je décide d'y aller franco.

Il est 15h10, je me pointe chez Michael, où July attend déjà. Talah ne tarde pas à arriver. D'Audrey et de Richard, point. On discute et c'est très sympa, mais le temps file. Richard avait prévenu qu'il aurait du retard et j'avais donc prévu de commencer à expliquer les règles et brainstormer sans lui. Il aurait pris la séance en cours de route, ce qui n'aurait pas posé de souci majeur. Ça m'est déjà arrivé.

Sauf qu'Audrey, sa chère et tendre, est en fait perdue avec lui au diable vauvert, ce qui n'était pas tout à fait prévu. En tout cas, je ne l'avais pas compris comme ça. Et là pour le coup, avec seulement trois joueurs sur cinq, je n'ose pas lancer le brainstorming. Ça me parait trop juste. Mais comme il commence quand même doucement à se faire 16 h, je décide que ça suffat comme çi et que, bon sang de crotte, on va se mettre à jouer !

Ces derniers jours, j'ai finalisé un nouveau scénario flash pour Sombre zéro. Un Alien-like qui répond au doux nom de Deep space gore. J'ai pris mes tuiles avec moi, dans la vague idée de le crash-tester en fin de séance, si d'aventure on avait le temps. Hop, je le sors de mon sac et on s'y met. Partie sympa. Pas mal de trucs à caler (le setting est plus complexe que celui d'Overlord) et à épurer (trop d'antagos tue l'antago) mais c'est hyper prometteur. D'ici quatre ou cinq parties, m'est avis que ça va dépoter sévère.

Sur ces entrefaites, arrivent Audrey et Richard. Rhaaa putain, il était temps ! Vu l'heure, je décide de zapper l'explication des règles. J'ai demandé à Audrey et July, les seules qui n'aient jamais joué à Sombre, de potasser Sombre light 7 avant la partie, ce qu'elles ont fait. Ça devra suffire, je n'ai pas le temps de sortir Igor. À la guerre comme à la guerre.



Le brainstorming

Il est 16h40 et on commence à brainstormer. La fois précédente, on n'avait pas été très efficaces. Trop fatigué pour bien cadrer, j'avais laissé la tempête de cerveau s'étaler sur plusieurs heures d'une productivité assez faible. Là, je suis décidé à faire mieux. En particulier, j'ai résolu d'imposer un thème. D'une part parce que la dernière fois, il avait fallu plus d'une heure à la table pour se mettre d'accord sur les grandes lignes du setting. D'autre part parce que je veux tester des machins.

À la base, je suis un gros fan de la franchise A Nightmare on Elm Street, les segments un et trois particulièrement. Bon, je n'aime pas du tout Freddy, boogeyman au look moisi (sauf la griffe) et à l'attitude un tantinet pénible (surtout à partir du moment où il s'est découvert un sens de l'humour), mais l'horreur onirique, ça me le fait carrément bien. C'est d'ailleurs en bonne partie ce qui explique que je sois autrefois tombé dans Kult, engrenage fatal qui m'a amené, quinze ans plus tard, à publier Sombre. Et in Arcadia ego, le scénar de James Estes traduit dans le livre de base Ludis, m'avait claqué la tronche. Au point d'ailleurs que je l'ai mené à sept reprises sous Sombre. Et pis bon, courant janvier, j'ai vu (deux fois) Inception, pur bon film, d'une intelligence et d'une finesse d'écriture plutôt rare dans la catégorie blockbuster. Mon Nolan préféré, et de loin, depuis Memento.

À côté de ça, j'ai prévu un article sur les rêves dans la revue Sombre, justement parce que je kiffe le thème et que, ma version custom d'Et in Arcadia ego me l'a démontré, il est total raccord avec mon jeu. Ce dont j'ai besoin, c'est de mener des scénars sur ce thème pour caler mes routines de maîtrise. Et aussi, il y a dans ma liste de Traits, des Avantages et des Désavantages oniriques, que je n'ai pour certains pas encore eu l'occasion de tester. En particulier, je veux voir ce que donne Rêve lucide en vrai car je le soupçonne d'être overbourrin.

Donc voilà, le thème imposé de la séance, c'est le rêve. Première fois que je fais ce genre de truc dans un quickshot. Jusqu'ici, j'arrivais en disant à mes joueurs « C'est vous que vous décidez de tout » mais là, non. C'est moi que je décide de la base, que je complète bien sûr avec quelques références cinématographiques : A Nightmare on Elm street et Inception donc, mais aussi The Cell de Singh, un film à moitié réussi (ou à moitié loupé, c'est selon) mais que j'aime beaucoup.

Je précise cependant qu'on va jouer horreur, donc que les PJ seront des victimes. D'Inception ou de The Cell, on ne retiendra pas le côté aventureux. Mais on peut par contre très bien conserver l'idée que les personnages sont capables, grâce à quelque technologie hyperscientifique, d'entrer volontairement dans les rêves d'un tiers. Juste, quand ils seront dedans, ils vont s'en prendre plein la gueule. Sombre, quoi.

Mais en fait, non. Les joueurs s'orientent vers quelque chose de plus proche de Freddy, particulièrement du troisième film, ce qui me va bien. L'action se déroule dans un hôpital. Les personnages sont des jeunes à problèmes, internés dans un service d'enfants malades. Bien cool ça, les gamins aussi c'est une première à ma table. Playtest plus plus plus.

On tourne longtemps autour de l'idée de l'hypnothérapie, mais finalement non. Il s'agit d'un service aux méthodes psychologiques et psychiatriques classiques. Groupes de parole, entretiens individuels, activités créatives et tout le tremblement. De base, je file Chétif en Trait invisible à tout le monde, mais seulement dans la réalité. Dans le rêve, les PJ, un poil plus costauds, produisent des dommages ordinaires.

+ Audrey joue Hélène, 10 ans, la mini-pétasse dans toute sa splendeur. Princesse Disney au total pink look, Arrogante et Écervelée, tout pour plaire. Dans le rêve par contre, elle est gothique : habillée tout en noir et maquillée façon vampire. En fait, elle ressemble à sa mère, une gothique dépressive qui s'est pendue. C'est Hélène qui a découvert le cadavre et c'est ce qui explique qu'elle soit à l'hôpital. Elle possède un Artefact, une poupée donnée par sa mère. Dans la réalité, c'est un vieux machin tout moche auquel elle s'accroche. Dans le rêve, elle est flambant neuve, bouge et parle. Avec la voix de sa mère bien sûr. Et d'ailleurs, Hélène l'appelle Maman. Mais il y a mieux : la poupée est un panic button. Si la gamine la casse dans le rêve, c'est-à-dire si elle tue sa mère, elle et tous ses amis rêveurs se réveillent instantanément. « Tuer sa mère, c'est costaud quand même » tique Talah. « Bienvenue dans Sombre » que je lui réponds. L'objectif d'Hélène est de devenir la reine des rêves. Elle est déjà princesse, elle cherche le level up. Logique.

+ Richard joue Ted, 11 ans, un garçon réservé et Mélancolique, limite autiste depuis la mort de son frère jumeau, Georges. Un jour d'automne, Georges est tombé dans la piscine de la maison de campagne familiale. Il s'est noyé dans l'eau sale et Ted, paralysé par la peur, n'a rien fait pour le secourir. Depuis, son avar onirique est Dégénéré (nouveau Désavantage). Petit à petit, il se décompose pour ressembler à Georges, c'est-à-dire à un noyé putréfié et boursouflé. Ted n'a d'ailleurs d'autre but que de retrouver son frère dans le rêve car il est convaincu qu'il y est toujours vivant. Il se pourrait bien que ce soit le cas, vu que Ted est Rêveur lucide, ce qui lui permet de plier ses songes à sa volonté.

+ July joue Tony, 12 ans, Lascar pur racaille. Enfin qu'il dit, parce qu'il a beau être habillé Nike des cheveux aux orteils et se la raconter Rebelle, en fait ct'un gros bourge. Son vrai prénom, c'est Jean-Marc. Au fond de lui-même, il est tout fragile et ça se voit dans le rêve car son avatar donne l'impression de sortir de Treblinka : nu sous sa blouse d'hôpital, émacié, les cheveux tondus. Par-dessus tout ça, il est Cardiaque (nouveau Désavantage). Son objectif est clair, sortir avec Hélène. Mais ses attentions emmerdent la fillette, qui feint l'intérêt pour Ted de façon à faire enrager Tony. Petit triangle amoureux sympa.

+ Michael joue Juan, 8 ans. Bipolaire docile/brutal et Bagarreur (nouveau Trait) dans le rêve, où il peut sous certaines conditions infliger des dommages à mains nues (Joey dans Freddy 3, quoi). Dans ces cas là, ses poings s'enflamment. Agneau dans la réalité, c'est une petite frappe dans le rêve, où Ted est son souffre-douleur. Il a de qui tenir car son père le bat comme plâtre. Du coup, il voudrait trouver le moyen de plonger son paternel dans le coma depuis le rêve. Il sait que c'est possible car deux enfants de l'hôpital, Julien et Bertrand, sont actuellement dans cette délicate situation. Il est comme Inigo, dans le business de la vengeance.

+ Talah joue Oscar, 12 ans. Rusé, Vigilant et Spéciste (nouveau Trait). Son histoire est particulière. Les adultes croient qu'il s'automutile, mais en fait, il a reçu ses blessures au cou dans une confrontation avec un prédateur onirique. Une araignée géante mécanique, sortie du rêve. Il sait donc que le rêve peut impacter la réalité. D'ailleurs, il voudrait trouver le moyen de changer de sexe, pardon de genre. Dans le rêve, Oscar est une fille et dans la réalité, il voudrait bien l'être aussi. Dernier entré dans le service d'enfants malades, c'est depuis son arrivée que les autres PJ font des rêves partagés. Bon, ça aurait été plus logique que ce soit lui le Rêveur lucide, mais ce n'est pas trop grave. En tout cas, il est pote avec Juan, qui le considère comme une sorte de camarade de souffrance. L'autre gamin ne croit pas non plus à son histoire d'araignée et pense qu'il est lui aussi un enfant battu.

C'est bien classe tout ça, hyper riche et tout. Et c'est en bonne partie grâce au thème imposé. Le fait de devoir créer un avatar onirique pour chaque personnage a obligé les joueurs à creuser un minimum les dits PJ, les avatars exprimant des trucs un peu profonds sur eux. J'ai bien sûr veillé à la cohérence de l'ensemble Personnalité-Traits-background-avatar. Et ça a payé. Y'a du bon matos dans ce cast, ce qui augure du meilleur pour la partie.

J'ai prévenu que ce soir, on partait pour un survival standard : PJ-victimes contre antagos agressifs, sans trop de fioritures. En décembre, on s'était lancés sur une base de mélo dark et ça n'avait pas pris. Il avait fallu que je rame comme un taré pour reconfigurer la partie en mode survival. Je ne veux pas que ça se reproduise, chat échaudé craint l'eau froide.

Du coup, je liste mes antagos. Le boss, c'est le Diacre, Roi du rêve en plein égotrip religieux (induit par le setting, on a en effet décidé qu'il y aurait une église dans le monde onirique). Il y aura aussi une ou plusieurs araignées mécaniques. J'ai Georges également, le jumeau noyé de Ted. Et enfin, Émilie, une choupinette de quatre ans qui cache bien son jeu. Talah m'a fait passer un papier sur lequel elle demandait un antago onirique qui paraîtrait au premier abord gentil. Bien sûr, j'ai dit oui. I aim to please.

Pour ce qui est du plan, j'en ai en fait demandé deux, un pour la réalité, l'autre pour le rêve. Pour moi, l'intérêt d'un scénar onirique, c'est d'organiser des allers et retours entre les deux mondes. Parce que si on ne joue que dans le rêve et bin c'est plus du rêve, ça devient juste un univers imaginaire rôliste standard. C'est ce que je n'aime pas trop dans les Dreamlands de L'Appel. Le setting est sympa mais si on passe son temps dedans, genre comme dans la campagne La pierre onirique, ça devient juste du med-fan lovecrafto-dunsanien. Pas le plus intéressant, à mon avis.

L'idée serait donc d'utiliser deux versions du même lieu, comme j'avais failli le faire dans un quickshot précédent. Il y aurait la version réelle (le service d'enfants malades) et celle du rêve (le même bâtiment mais twisté). Le twist en question, c'est que dans le rêve, l'hôpital est encore ce qu'il était il y a plusieurs dizaines d'années : un orphelinat. Aussitôt, je visualise le Saint Ange de Laugier. Ce sera donc un orphelinat des années 40. Comme l'objectif du groupe va être de délivrer Julien et Bertrand, les enfants comateux, je précise que ce serait bien que certaines parties du bâtiment, notamment celle où sont retenus prisonniers les avatars des deux garçons, ne soient accessibles que dans le rêve. Ça donnerait aux PJ une vraie bonne raison de visiter le monde onirique.

L'idée plait bien à Talah, qui propose un truc en triangle dans la réalité et en rectangle (ajout d'un triangle supplémentaire donc) dans le rêve. Michael en tire deux plans. Ils sont intéressants, notamment en ce qui concerne la répartition des pièces dans l'hôpital, mais je les trouve inadaptés. Pas assez labyrinthiques pour un scénario d'exploration. Le setting onirique n'étant constitué que d'une seule et unique grande pièce (la fameuse église), je sens que ça ne va pas le faire.

Du coup, je contre propose une structure en T, vaguement inspirée de la topographie du The Ward de Carpenter, que j'ai vu il y a peu. Talah complète mon esquisse. Dans la réalité, un seul couloir dessert toutes les pièces : poste infirmier, aire de jeu, cantine, vestiaire du personnel, salle de thérapie de groupe, bureau du chef de service, chambres des malades. Dans le rêve, un couloir supplémentaire mène à la chapelle. Nettement mieux.

Je me prévois trois PNJ pour meubler l'hôpital. Il y a le Dr Martinez, chef de service, secondé par Françoise (« Un bon prénom d'infirmière » dixit July) et Marie-Thérèse, aide soignante antillaise (ouais, les stéréotypes sont pratiques pour typer rapido des PNJ). Je précise qu'il y a évidemment bien plus de personnel dans le service mais que, pour des raisons de cohérence narrative, on va éviter de multiplier les PNJ. Le personnel hospitalier se relaie jour et nuit mais quand les PJ auront besoin de le trouver, ce sera toujours les trois mêmes personnes sur lesquelles ils tomberont. Ne nous dispersons pas.



La partie

22h30. La pause repas derrière nous, on attaque. Putain, j'ai fait mon maxi mais on n'est quand même pas de l'avant. On est partis pour finir vers 2 ou 3 h du mat, ce que je voulais éviter. Au moins, on part sur des bases qui me paraissent plus solides que la dernière fois. Et aussi, je suis en meilleure forme. Bon, il faudra quand même que je fasse une pause double thé oversucré durant la partie, mais ça n'a quand même rien à voir avec mon état de décembre.

Je me demande si je dois attaquer directement dans le rêve, mais décide que non. Je n'ai pas mené depuis longtemps, et ça fait un bail que je n'ai pas fait de scénario onirique, autant mettre les choses en place doucement. Donc on amorce par du quotidien : on est en soirée et tout est calme. Je répartis les enfants dans les chambres doubles. Deux garçons dans chaque et Hélène, l'unique fille, toute seule dans la sienne.

Puis j'explique que la routine du service est perturbée par le récent coma de Julien et Bertrand. En attendant de voir comment évolue leur état, on les a regroupés dans la même chambre et techniqués. Y'a tout un tas de machines qui font bip autour d'eux et ils sont sous perfusion. Plus inquiétants, ils sont couverts de tatouages en forme de ronces. Ils en ont partout sur le corps mais il n'y a que les enfants qui peuvent les voir, ce sont des marques oniriques. Si vous pensez Belle au bois dormant, vous pensez bien. Je travaille sur la base du trip princesse d'Hélène. Le plus inquiétant dans l'affaire, c'est que les PJ aussi ont ces tatouages sur le corps. Et ils bougent, ils progressent. Lorsqu'ils en seront entièrement recouverts, eux aussi tomberont dans le coma. Faut trouver une solution et vite.

Hop, extinction des feux. Tout le monde au dodo. Les gamins s'endorment et se réveillent dans le dortoir de l'orphelinat. Moche, sale, poussiéreux, rempli de vermine. Des poux et des punaises dans les lits, des rats qui galopent un peu partout. On est en pleine nuit, la pièce, gigantesque, n'est éclairée que par la lune et les étoiles. Dehors, le décor est flou, comme s'il n'était qu'esquissé. On distingue clairement les astres mais pas le sol, à moitié brumeux. Autour du bâtiment, le rêve n'est que chaos.

Impossible de sortir du dortoir, la porte est fermée. Tony pourrait la forcer mais il lui faudrait des outils. Il se met à chercher du matériel, mais dans le dortoir il n'y a rien si ce n'est des lits, des matelas pourris et des couvertures dégueulasses. Ah si quand même, au fond de la pièce, une gamine. Émilie, toute mignonne avec ses cheveux roux, ses taches de rousseur, ses nattes et son nounours en peluche hors d'âge. Elle répond aux questions qu'on lui pose mais ne sait pas trop bien ce qui se passe. Je joue Maman en parallèle et c'est un poil inconfortable (deux PNJ de front, je n'aime pas trop, surtout s'il faut les faire dialoguer). Du coup la poupée, jalouse de l'attention qu'Hélène porte à Émilie, se met à tirer la tronche et fait le jouet. Elle ne parle plus et reste inerte.

Pendant ce temps là, la petite raconte son histoire. Elle a été recueillie par l'orphelinat durant la guerre, parce que ses parents sont morts. D'autres enfants arrivent de temps en temps puis repartent et elle ne les revoit jamais. Elle ne sort pas dans le couloir car le surveillant veille au grain et elle en a peur. D'ailleurs, on l'entend : des cliquetis mécaniques, genre horlogerie, et des impacts métalliques lourds sur les murs et le plancher. Il n'a pas l'air d'être facile. Juan puis Tony fouillent son bureau, une petite pièce au milieu du dortoir. Pas d'électricité qui fonctionne, il y fait noir comme dans un four. Un lit de camp, une chaise, une table.

Bon, c'est pas trépidant tout ça. La scène s'étire un petit poil en longueur mais j'hésite à donner la clé de la porte du dortoir. D'une, je crains que ça ne précipite trop la suite du scénario. Si les PJ sortent, ils n'ont qu'à remonter le couloir pour débouler dans la chapelle. Par ailleurs, il y a un Rêveur lucide dans le groupe. Richard n'a qu'un mot à dire pour ouvrir la porte, la changer en bubble-gum ou transformer un oreiller en clé universelle. J'attends qu'il le fasse, en fait. Mais soit qu'il a oublié son Avantage, soit qu'il veut économiser son Esprit (les utilisations de Rêve lucide se paient en cochages), il ne bouge pas.

Du coup, je brode. Dans le bureau du surveillant, le tiroir sous la table est fermé mais Juan et Tony parviennent à le forcer. À l'intérieur, des cœurs d'enfants tout frais. Baignant dans un sang épais et noirâtre, ils battent encore. Blanche Neige, dites vous ? Tout à fait. Je persévère dans mon délire conte de fées. Du coup, les joueurs s'intéressent à Émilie. Est-ce que son cœur bat ? Et bin en fait, pas vraiment. Ça ferait plutôt un petit bruit d'horloge. Hélène emmène la fillette dans un coin pour qu'elle soulève sa chemise de nuit et lui montre son torse. Ouvert de bas en haut (la plaie est moche), sa cage thoracique est remplie d'engrenages, ressorts et autres pièces mécaniques. « Steampunk » me dit Audrey. Perso, j'avais plutôt en tête les automates d'Hoffmann et Tynes, mais sinon oui, c'est bien l'idée.

Tony met les mains dans le sang, écarte les cœurs et fouille le tiroir. Il y a bien une clé dedans mais ce n'est pas celle qui ouvre le dortoir : il s'agit d'un modèle ultramoderne, qu'il identifie facilement comme la clé qui, dans la réalité, ouvre la serrure du bureau du Dr. Martinez. J'ai compris que Richard n'utilisera pas son Rêve lucide, donc j'aiguille les joueurs vers le monde réel pour faire avancer le bousin. Ils comprennent bien mes intentions et se recouchent dans les lits du dortoir.

Réveil le lendemain matin dans leurs chambres, mais manque de bol, la clé a changé d'apparence. Ce n'est plus celle du bureau de Martinez, c'est celle du dortoir, toute vieille et toute rouillée. Merdum ! Ça n'empêche pas les enfants de s'organiser. Essayer d'attirer l'attention du personnel hospitalier sur l'étrangeté de leurs rêves. Sans succès bien sûr, personne n'en a un peu rien à branler de leurs histoires d'orphelinat. Rassembler des jouets qui pourraient les aider à crocheter la serrure du dortoir, la nuit prochaine. Pas fastoche car le personnel prend garde à ne rien laisser traîner de pointu. Oscar s'est quand même tailladé le cou avant d'arriver dans le service.

Tony voudrait bien entrer dans le bureau de Martinez car il se doute qu'il y aurait des trucs intéressants à y trouver, mais il n'a pas la clé. Tandis que les enfants découvrent que la cantine s'est transformée en réfectoire des années quarante, Juan tombe sur Émilie, ensanglantée et cliquetante. La gamine disparaît aussitôt. Le temps qu'il prévienne les autres, la voilà qui réapparaît. Il y a du sang partout autour d'elle, sur les murs et jusqu'au plafond. Du sang noir, épais, malodorant. « Comme de l'huile, hein ? » fait Michael. « Exactement » que je lui réponds. Je n'y avais pas pensé mais c'est plutôt très bien vu. Du coup, je garde l'idée.

Dans ces entrefaites, Richard s'est endormi. D'abord à la table, contre le mur, puis sur le canapé du salon de Michael. Po-po-po-poker face le Johan, mais en dedans de son lui-même, pas content. Je me retrouve avec un PJ sur les bras en pleine partie et ce n'est *vraiment* pas cool. Qu'est-ce je fais ? Je cogite un dixième de seconde et prends la décision de le sacrifier. Ça fout par terre tout ce qu'on a préparé concernant la dégénérescence du perso et je perds le Rêveur lucide du groupe, mais tant pis. Si Richard finit par émerger, il finira la partie en spectateur (c'est d'ailleurs ce qui s'est passé). À un moment, faut fixer des bornes aux limites des frontières, sinon ça vire au n'importe quoi.

Au départ, j'étais parti sur l'idée que les PJ s'étaient vraiment réveillés mais que le rêve commençait à interférer avec la réalité, d'où l'apparition d'Émilie et la transformation de la cantine. Mais là, je passe la vitesse supérieure et bascule en mode Inception : un rêve à l'intérieur d'un rêve. Après tout, les PJ se sont endormis dans le dortoir, n'est-ce pas ? Ils fuient Émilie, qui se transforme en mécaraignée géante et transperce la jambe de Juan d'un coup de patte. Tony se réfugie dans la chambre qu'il partage avec Ted et... tombe dans la flotte ! Le sol de la pièce, et tous les meubles bien sûr, ont disparu. À la place, l'eau sale et froide de la piscine dans laquelle Georges s'est noyé.

Hélène, Juan et Oscar finissent pas se retrouver eux aussi à l'eau. C'est le bordel. Jets de chance pour tout le monde, histoire de faire le tri entre ceux qui savent suffisamment bien nager pour s'en sortir (Tony, Hélène) et les autres (Juan, Oscar). Tony réussit à regagner le couloir. Entendant l'araignée qui arrive, il fuit vers la chambre d'en face puis se ravise et vient tendre la main à Hélène, qui ne parvient pas à se hisser hors de l'eau. Derrière, c'est la catastrophe : Juan et Oscar, affolés, se grimpent dessus dans l'espoir d'arrêter de boire la tasse. Peine perdue, les cochages de Corps s'accumulent.

Pire, on les tire vers le fond de l'eau ! C'est Georges bien sûr. Je suis content comme tout d'avoir réussi à caser ce petit antago mais j'aimerais que les joueurs s'en rendent compte. J'essaie de trouver un moyen de le faire remonter à la surface sans que ça ne paraisse trop grotesque. Je me retourne la ciboule mais n'arrive pas à trouver l'idée qui va bien. Il faut dire aussi que je n'ai pas vraiment le temps de trop cogiter car Audrey décide d'activer son Artefact (excellent timing, putain). Hélène claque de toutes ses forces sa poupée contre le sol du couloir et tout le monde se réveille !

Mais pas dans la réalité. Les enfants émergent dans le rêve, c'est-à-dire dans le dortoir. Ils décochent 1d6 de Corps et un cerclé d'adré. Première fois que je demande un truc de ce genre en partie. Après ça, tout s'accélère. Maman agonise dans les bras d'Hélène, qui mange de la Séquelle comme des Smarties. La poupée meurt. À cet instant, elle ressemble plus au cadavre d'un humain miniature qu'à un jouet. La bonne nouvelle, c'est qu'Hélène a encore la clé dans les mains et que ce n'est plus celle du bureau de Martinez. C'est celle du dortoir ! Oscar récupère les cœurs, les balance par terre et les écrabouille avec le tiroir. Ce faisant, il (enfin elle, dans le rêve, c'est une fille) éclabousse de sang (d'huile donc) le plancher et ses vêtements. Ted ne s'est pas réveillé, il est toujours allongé dans son lit. Hélène tire la couverture. Le garçon n'est plus qu'un cadavre grotesquement boursouflé (je récupère la description qu'on avait prévue pour sa phase 3 durant la créa du perso, tout n'aura pas été perdu). Il s'est noyé dans le rêve.

Tony pète un câble et saute sur Émilie, qui fait une crise de larmes. Il ouvre la porte avec la clé, sort dans le couloir avec la gamine, qui se fait déchiqueter par l'araignée géante. Le bestiau, énorme, occupe quasi toute la largeur du couloir. Il découpe la petite en deux. Tony court vers la chapelle, suivi d'Hélène. Oscar s'accroche à Juan, qui est alors en mode berserk (un Brutal en bas de jauge d'Esprit, c'est sale). Juan lui envoie un méga coup de poing, activant son Avantage Bagarreur. Il loupe son attaque mais elle s'accompagne, on l'avait décidé à la création, d'une production de flammes. À la Iron Fist, un peu. Mais du coup, il enflamme l'huile dont est couvert Oscar. Puis quelques instants, le plancher prend feu. C'est derechef le gros bordel.

Oscar et Juan sortent de la pièce et tombent face à l'araignée, qui transperce Juan d'un coup de patte. Il meurt. Oscar, toujours en feu, se retrouve sous la pluie de sang noir qui tombe en permanence du ventre de l'animal. Cette huile s'enflamme, consume Oscar et l'araignée elle-même. Je réfléchis : est-ce que je dois appliquer la règle des brûlures à l'araignée ? Je décide que non. Si je l'entame trop, il faudra que j'incruste une autre bestiole pour maintenir la pression horrifique sur les derniers PJ vivants, ce qui serait contre productif. Autant continuer à bosser avec cet antago. Du coup, les flammes n'endommagent pas l'araignée, elles la transforment. Petit à petit, l'animal devient une sorte de créature de feu mécanique, ses rouages internes en fusion, ses pattes chauffées au rouge. Ça rigole pô. Et hop, je la refile à Talah.

Dans la chapelle, c'est la foire. En entrant dans la pièce, Tony a interrompu une sorte de messe bizarre. Sur les bancs, des enfants sont assis. Leurs corps, sombres, sont translucides. Devant l'autel, le Diacre, des ronces brodées sur son aube. Tony le reconnaît, c'est... Martinez ! Pour Michael, qui le manifeste par une petite mimique, c'est une évidence que le docteur est le boss. Pour les autres joueurs aussi, je pense. Pour moi, ce n'est pas le top car il me manque une scène d'exposition. On a parlé de lui à plusieurs reprises mais il n'est pas apparu dans la partie. Du coup, je n'ai pas eu l'occasion de le dégrossir. Je ne sais trop rien de sa personnalité, de ses objectifs, de ses pouvoirs. Et là, en plein combat, c'est juste pas trop possible de décider de tout ça. Ça va trop vite.

En même temps, je n'ai guère le choix. L'alternative, un méchant lambda, aurait été narrativement faible car il n'y aurait aucun rapport avec le reste de la partie. J'ai envisagé un moment de mettre à contribution le père de Juan mais ça aurait été pire que Martinez, vu que lui, on n'en a même pas parlé un peu durant le jeu. La mère d'Hélène aurait pu faire l'affaire, même si une femme prêtre aurait sans doute été, dans ce contexte a priori pseudo-catholique, un poil déplacé. Mais après la destruction de la poupée, la faire revenir n'aurait pas été une bonne idée. Ça aurait affaibli rétrospectivement la scène de sa mort.

Martinez donc. Je décide que les enfants ne comprennent rien de ce qu'il dit et vice-versa. C'est pratique pour masquer le fait que je ne sais pas trop quoi lui faire dire, et ça a le bon goût d'être raccord avec la situation des PJ dans la réalité, où ils ont maintes fois échoué à se faire entendre des adultes. Un classique des teen movies horrifiques, de la série des Freddy notamment. Thématiquement, c'est bien raccord.

La causette, Tony n'en a de toute façon rien à foutre. Au point où il en est de sa Personnalité, tout ce qu'il veut c'est casser la gueule à un représentant de l'autorité. Martinez fait bien l'affaire. Tony attrape un grand porte cierge en fer forgé et commence à vouloir taper sur le prêtre, qui se retourne et lui lance un regard qui, très littéralement, tue : j'active le Désavantage Cardiaque de Tony. Pof, infarctus. Obnubilé par la technique (c'est la première fois que je joue ce Trait), ma gestion narrative est très moyenne, voire moyenne moins. Cet infarct aurait mérité une petite description bien sentie. Next time.

Hélène entre à son tour dans la chapelle. Un peu moins speed que Tony, elle a le temps de remarquer que les vitraux représentent des scènes de la vie de chaque PJ. En particulier, elle repère tout de suite le cadavre pendu de sa mère. Quant aux spectres d'enfants sur les bancs, il y en a parmi eux qu'elle connaît. Julien, Bertrand, Ted, Juan, Oscar (en fille), Georges, Émilie, tout le monde est là. L'araignée sur les talons, elle se porte au secours de Tony et empoigne un autre porte cierge.

Je file Martinez à Michael et sur une impulsion, lui colle l'Avantage Rêve lucide. Après tout, j'étais venu là pour le tester. Bon, Martinez, en bon PNJ, n'a pas de cercles d'Esprit mais ce n'est pas grave : pour activer son Avantage, il cochera des cercles de santé sur sa chtite carte. Michael ne s'en prive pas. Il commence direct par transformer le chandelier de Tony en serpent, puis veut téléporter les deux gamins hors de la chapelle. Comme je refuse (ça me paraît too much, quand même), il annonce qu'il liquéfie le sol sous leurs pieds. Je valide mais adapte l'effet pour plus de cohérence esthétique et thématique : de grosses ronces poussent entre les dalles et enserrent les jambes des enfants.

Finalement, tandis que l'araignée progresse entre les bancs, Hélène parvient à tuer Martinez. Il faut dire aussi qu'il s'était épuisé à modifier le rêve. C'est le moment que je choisis pour activer l'Écervelée d'Hélène. Soudain, elle a une vraie bonne idée de blonde : pour sauver Tony, elle doit tuer son avatar onirique ! C'est ce qui lui permettra de se réveiller, comme dans Inception. Sauf qu'on n'est pas dans Inception. Hélène fracasse la tête de Tony, ce qui condamne le garçon au coma et lui coûte à elle son dernier cercle d'Esprit. Elle devient folle. À moi d'en faire ce que j'en veux.

J'explique que les ronces poussent jusqu'à la recouvrir entièrement, comme un cocon, et que lorsqu'elles se rétractent, c'est Martinez qui apparaît. Il a utilisé l'avatar onirique de la petite pour revenir dans le rêve et en reprendre le contrôle. Dans la réalité, c'est la catastrophe : aucun des enfants ne se réveille, sauf Hélène qui, irrémédiablement folle, termine sa vie entre les quatre murs d'une cellule capitonnée. Les autres meurent, des mois ou des années plus tard, les muscles atrophiés, le corps perclus d'escarres, sans jamais s'être réveillés. La carrière de Martinez est cassée (une épidémie de coma dans son service, ça fait désordre) mais il n'est pas inquiété outre mesure et demeure le Roi du rêve.

Générique.



Le bilan

Une bonne bonne partie. Bon sang, ça fait plaisir d'attaquer l'année avec une séance comme celle-là. Bon, j'étais un peu rouillé (marrant comment quelques semaines sans mener suffisent à émousser mon tranchant narratif) mais ça ne s'est pas trop senti, je pense. Là où je suis hyper content, c'est que j'ai eu un bon flow. La partie était fluide, un poil lente au début, mais tout s'est bien accéléré par la suite. Je n'ai eu à aucun moment la sensation de galérer, comme ça avait été le cas la dernière fois. *Très* satisfaisant.

Pour ce qui est des regrets, je reste sur la frustration de ne pas avoir pu exploiter à fond tous les personnages. Y'avait de super enjeux dans les backgrounds de Juan et d'Oscar, mais je n'ai pas réussi à connecter ça avec le scénario. C'était trop riche. Il aurait fallu que Martinez joue les tentateurs, qu'il trouve le moyen de leur proposer de réaliser leurs fantasmes (se venger du père bourreau, changer de sexe) contre la promesse de le servir dans le rêve et dans la réalité. Un truc dans le genre, quoi. Le problème, c'est que la trame survival ne s'y prêtait guère (pour le coup, un mélo aurait été mieux) et que de toute façon, on termine à 3h10 en mode zombies dopés à la caféine. Pour faire plus, il aurait fallu qu'on ne perde pas 90 minutes en début de séance. Mais bon, avec des si, on mettrait Paris en bouteille...

Là où j'ai vraiment manqué de présence d'esprit, c'est sur la fin. J'aurais pu faire nettement mieux sans que ça ne me coûte ne serait-ce qu'une seconde de plus. J'étais fatigué et du coup, je n'ai pas tilté, mais à la fin, lorsque Hélène devient folle, il ne fallait pas la transformer en Martinez. C'était trop convenu, trop plat et pas super cohérent avec la manière dont avaient fonctionné les avatars oniriques dans le reste de la partie.

Ce qu'il aurait fallu que je fasse, c'est transformer les ronces en fauteuil d'épines, la chapelle en salle du trône et les spectres d'enfants en courtisans dociles. J'aurais dû laisser Hélène accomplir pleinement son objectif, devenir la Reine du rêve. Le final aurait eu nettement plus de gueule. Je n'ai percuté que plus d'une heure plus tard, en allant me coucher, et je m'en suis voulu. Putain, quelle occasion manquée !

Pour le reste, très content. Niveau playtest, du nanan. Aussi bien en ce qui concerne les nouveaux Traits (bon Dieu, Rêve lucide est vraiment ultra broken, il faut absolument que je le bride) que pour ce qui est de l'horreur onirique. Je suis loin d'avoir calé toutes mes routines mais entrevois déjà un certain nombre de pistes prometteuses. Et comme c'est un sous-genre que j'overkiffe, je crois bien que ce n'est pas la dernière fois que je propose un quickshot à thème onirique.



*


De la news :

Du 22 au 24 février, Terres Etranges participe au festival Zone Franche de Bagneux. Nous y assurerons des démos de Sombre les trois jours. Notre programme ici.



*


De la promo :

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Sombre 1 et Sombre 2, les deux premiers numéros de la revue consacrée à Sombre, sont toujours disponibles. 72 pages au format A5 et à pas cher (prix libre, minimum 7 euros par numéro + port). Pour commander, c'est par ici.
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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 18/02/2013 à 15:19

Teaser Sombre : harder, better, faster, stronger.



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Il y a peu, Sombre se payait un petit teaser de 10 secondes. C'était notre tour de chauffe. Là, on passe à la vitesse supérieure avec un clip promo de 40 secondes. Plus c'est long, plus c'est bon, pas vrai ? ^^


Pour zieuter : https://www.youtube.com/watch?v=-5sJzJfEgKY



Réalisation, images :
Krom.isback

Montage :
Krom.isback, Johan Scipion

Acteurs :
Nicolas Frébourg : Freddy
Kevin Durand : le prêtre, le fantôme
Marie Dufays : l'œil

Musique :
Nors'Klh - La machinerie phallique du mont hurlant : http://myspace.com/norsklh
Produit par Alchemic Sound Museum : http://alchemicsoundmuseum.com

Remerciements :
Antoine Ruins, Cédric M.



*



Sombre en conventions.


La saison des conv rôlistes reprend et Terres Etranges sera, cette année encore, fidèle au poste. Nous tiendrons des stands et/ou animerons des parties de Sombre durant les événements suivants :

+ 22 au 24 février : Zone Franche - Bagneux

+ 2 mars : Colloque Bob le Rôliste - Nantes

+ 15 au 17 mars : Ludesco - La Chaux-de-Fonds (Suisse)

+ 5 au 7 avril : Eclipse - Rennes


Tous les détails qui vont bien ici : http://terresetranges.net/forums/viewforum.php?id=30



*



Le fanzine Sombre, toujours vaillant.

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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 25/02/2013 à 10:49

Terres Etranges à Zone Franche – février 2013 – Bagneux



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Vendredi

Zone Franche, Terres Etranges y participe tous les ans. Cette année, on y est venus en force. Enfin, aujourd'hui c'est plutôt la force tranquille : Krom et moi. Bon, y'a pas forcément besoin de plus, vu qu'il s'agit de la journée des scolaires. Tandis que Krom lutte avec son portable, qui refuse obstinément de diffuser le teaser Sombre (on soigne la promo, hein), des collégiens se pointent en grappes avec leurs profs. Mis à part eux, pas des masses de public. Business as usual, c'est tous les ans pareil.

Moi, sur le coup de midi, je m'emmerde comme un rat mort. Les gamins sont repartis manger et y'a plus personne d'autre sur le festival que les exposants. Ça fait trois heures que je tiens le stand Terres Etranges en mode Nanouk l'esquimau et c'est juste plus trop possible. Cette année, le village jeu de rôle a été déplacé vers l'entrée du festival. On est pile poil sur le passage obligé des gens, ce qui est cool. Mais on se les pèle de chez pèle, ce qui est vachement moins cool. Faut que je m'agite sinon je vais finir congelé.

Comme y'a zéro visiteur, je fais le tour des stands, à commencer par le mien, pour débaucher du rôliste. Je me retrouve avec une table de cinq joueurs, dont Alatar (Opale), Jemrys (Les Écuries d'Augias) et Krom (Projets-R). Ni une ni deux, un petit Deep space gore. Partie trèèès sympa, qui m'a permis de valider toutes les idées que j'avais eues après mes démos à l'IRL Opale de mardi. Et bin ça dépote grave, on s'est offerts un climax d'enfer !

J'overkiffe ce scénario, alors que la science-fiction horrifique n'est pas à la base mon sous-genre favori. Deep space gore est encore en rodage mais il est déjà super sympa à mener et je n'ai vraiment pas le sentiment qu'il produit des démos de Sombre au rabais. Je lui trouve une certaine densité narrative et technique, qui fait défaut à Overlord, plus basique.

Je suis hyper content car ça m'ouvre pas mal d'horizons niveau démos et ça révèle le gros potentiel ludique de Sombre zéro. Comme je l'ai constaté au fil de mes improvisations de ces derniers mois, on peut faire autre chose que du speed gaming avec. Y'a bien moyen de viser des formats (et donc des scénarios) un tantinet plus ambitieux, de l'ordre de 45 à 60 minutes. Forcément, ça me fait grave cogiter.

Après la pause repas, retour des scolaires. Je commence à être fatigué (le froid, ça me crève. Demain, je me pointe en cosplay Bibendum Michelin, une couche de vêtements sur l'autre) mais accepte une démo à six joueurs, un garçon et cinq filles. DSG étant trop complexe pour toute une table de collégiens inexpérimentés, je me rabats sur Overlord.

Ça ne se passe pas trop mal mais ça traîîîîîne en longueur. Les ados sont très moyennement attentifs et un poil turbulents, ce qui m'oblige à faire le gendarme (alors que je devrais plutôt faire l'animateur). Surtout, ils mettent des plooombes à déclarer leurs intentions. Je fais ce que je peux pour speeder le bousin, mais même la phase PVP ne met pas vraiment de oomph dans leur moteur. La dynamique ludique n'est pas bonne du tout. Résultat, on met plus d'une demi-heure à boucler un scénar qui devrait normalement être torché en quinze minutes. Moyen, voire moyen moins.

Du coup, j'en reste là. J'avais vaguement l'intention de remonter un DSG avec d'autres exposants, ceux qui s'étaient montrés intéressés mais n'avaient pu se libérer durant la pause repas. Froid et fatigue aidant, j'y renonce. Hé, le festival dure 72 heures. S'agirait pas de s'épuiser dès la première journée.



Samedi

L'interassocatif rôliste, c'est pas si compliqué. Prenez Bagneux et son village jdr. Folklorique, bigarré mais un peu à l'étroit dans l'espace qu'on lui a alloué. Y'avait pas mal de monde aujourd'hui, aussi bien du côté exposants que public. Les tables sont pleines à ras bord et on en arrive, en début d'aprème, à un point où on risque, si la demande augmente encore un poil, de devoir se mettre à jouer par terre. Pas que ça nous fasse peur à Terres Etranges mais quand même, assis sur des chaises c'est mieux. Et pis y'a des gens qui n'ont plus de place où poser leur matos promo, because stands tournants.

Hop, hop, hop, petite réorganisation éclair. On accueille Opale sur un bout de notre table. Je veux dire, on était déjà à deux assos dessus (Terres Etranges c'est bon mangez-en + Projets-R ça gère), c'est pas une troisième (Opale c'est d'la balle) qui va nous déranger. Faudra juste attendre un poil plus longtemps pour s'asseoir, à tour de rôle, sur les deux chaises dont on dispose. Les conventions, c'est rien que du fun, je vous dis.

À côté de ça, Antoine d'Imaginez.net déplace son matos sur le stand de la Fédé, tandis que Véronique nous trouve des chaises supplémentaires pour transformer la table ainsi libérée en espace de démo. Du coup, Mando peut s'y installer pour improviser un Sombre à la mode Poudlard. Le concept est bien barré : un survival dans lequel les joueurs doivent buter Harry Potter, ce terriiiiible sorcier maléfique. Bon sang, elle est pas belle la vie à Terres Etranges, hmmm ?

Moi, j'ai déjà deux démos dans les pattes. Une première avec Mando (Projets-R), Oblivion (Projets-R), David Best (Opale), Nico (La petite bibliothèque ronde) et Eric Nieudan (Irlande for ze win). Une seconde avec Polo et une famille de quatre personnes, dont le fiston s'est mis à Sombre parce que sa mère lui a offert le premier numéro du zine, acheté à Zone Franche l'année dernière. Juste énorme ! Dans les deux cas, je mène un Deep space gore.

Mais en début d'aprème, y'a plus de place nulle part. Du coup, je vais voir le stand d'en face, celui des gens de La petite bibliothèque ronde. Ils ont à dispo trois guéridons, genre petites tables de café, qui ne sont pas super remplis. Je demande à Nico, un garçon adorable, si je ne peux pas en squatter un. Il accepte volontiers. On récupère des chaises auprès de l'orga du festival et bam, j'enchaîne deux parties sur mon petit bout de table. Les conditions de jeu sont un poil plus rock'n'roll que sur le village jdr car on est juste à côté de la buvette donc plus proche de la petite scène, où les annonces micro se succèdent, mais cette histoire de guéridon me met la grosse banane.

Ceux qui ont un peu suivi la genèse de Sombre zéro se souviennent que cette variante est née d'une expérience ludique malheureuse. Durant une convention littéraire qui se déroulait à la terrasse d'un café, je m'étais retrouvé à tuer le temps autour de l'une de ces petites tables rondes. On avait fait plusieurs parties de Thiercelieux et j'avais été particulièrement frustré de réaliser que je ne pouvais pas enchaîner sur une démo de Sombre. J'avais des joueurs mais y'avait physiquement pas la place de jouer. La table n'était pas assez grande pour mes feuilles de perso. D'où l'idée de Sombre zéro, une variante jouable sans crayon sur une minuscule surface.

Un an et demi plus tard, me revoilà dans une situation analogue, sauf que là, j'ai l'outil qui va pile poil bien. Rhaaaaa nom de Dieu, ce sentiment d'accomplissement que j'ai ressenti lorsqu'on s'est assis autour de ce guéridon pour jouer ! Un truc de fou, le genre de machin qui récompense grave le game design un minimum exigeant auquel je m'astreins. Super sensation, bon sang.

J'enchaîne donc deux Overlord sur ma chtite table car mon cast est à chaque fois composé d'un père et de ses deux jeunes enfants (10 et 12/13 ans). Bagneux est un festival très familial. Mener du DSG avec des mômes aussi jeunes ne serait pas optimal, le scénario est un chouïa trop pointu pour eux. Overlord est nettement plus adapté. Simple, direct, bourrin. Sans fioritures, quoi. Je récupère deux Opaliens pour compléter mes tables, Cialf pour la première, Altaric pour la seconde.

Enfin, je termine la journée avec une cinquième et dernière partie, un DSG à quatre joueurs, dont Antoine d'I.net et Daniel Chestel Danjean. J'adore jouer avec Daniel. C'est un joueur retors, qui a toujours l'idée qui va bien pour grappiller un petit avantage. Il joue malin et moi, j'aime ça. C'est bien fun à gérer et ça pousse les scénars dans des directions souvent inédites, ce qui est excellent pour le playtest. Au final, DSG passe le test Danjean haut la main. La partie est super et si elle se termine en TPK, on est à un cheveu d'avoir un survivant.

Décidément, je kiffe ce scénar. Il est ultra fun, cadré mais très ouvert, et assez ardu. Depuis que je l'ai calé, c'est-à-dire depuis hier, je n'ai eu aucun survivant. Je suis convaincu que c'est possible, mais ça demande une sacrée combo d'intelligence tactique, de jeu coompétitif (il s'agit d'un soft PvP) et de moule aux dés. Comme dans House, en fait. Putain, je m'éclate à mener DSG, mais quelque chose de bien. C'est de la grosse baballe !



Dimanche

Troisième jour de conv et j'ai pas la grande forme. La journée d'hier fut bien rude. J'arrive sur le festoche en mode « J'ai beau être matinal, j'ai mal ». Et là, rien que des bonnes nouvelles. D'une, il fait plus chaud (on se caille toujours autant dehors mais les orgas ont poussé la clim dans notre couloir, ce qui est cool). De deux, Krom et Oblivion ont déjà monté le stand. Le teaser Sombre, qui depuis hier passe correctement (Krom 1 - portable foireux 0), boucle sur notre écran télé. Je sors ma bannière, mes visuels, mes zines, mes flyers et pof, nous voilà opérationnels.

On ne le sait pas encore mais ça va être une journée de ouf malade. À un moment, tandis que Polo mène Refuge, son survival montagnard made in Cthulhu DDR, on tombe à court de place. Tout pareil qu'hier mais en pire. Ni une ni deux, on convertit la moitié de notre stand en table de démo. Je pousse le matos d'un côté, Krom s'installe de l'autre avec ses trois joueurs et leur improvise un quickshot à base de blob et de viande de cheval. Ouais ouais, à Sombre, y'a juste aucune limite.

De mon côté, je mène cinq parties, trois Deep space gore et deux Overlord. Je termine la dernière sur les rotules mais super content. Cinq bonnes démos, avec plein de kopaings : Jef du Grog (un aficionado de Sombre zéro), Marc (trois ans qu'on se promettait de jouer, enfin on l'a fait !) et même Akae, que j'ai eu un vif plaisir à accueillir à ma table... et qui a failli survivre à son DSG. Il s'en est fallu d'un jet et ce fut excellent !

Beaucoup de jeunes à ma table aujourd'hui, des ados et des préados de 10 à 14 ans, dont un frère et une sœur qui ont participé à trois (ouais, trois) de mes parties. Ce sont eux qui sont revenus me demander de refaire un Overlord en fin de journée (les garous, ça plaît). C'est le genre de truc qui fait super, mais alors super, plaisir. Et puis aujourd'hui, j'ai eu une survivante à DSG. Il est donc bien possible d'arriver au générique en un seul morceau !

Et à la fin, la consécration ultime : tonton Alias himself m'a dit que, oui peut-être probablement pas sûr, il tenterait un DSG à Ludesco, Eric Nieudan lui ayant « survendu » le scénario. C'est là qu'on voit la supériorité écrasante de l'Irlande sur la France quand il s'agit de causer à la Suisse. L'effet leprechaun, je vois que ça. Parce que moi, ça doit bien faire cinq ans que, de conv en conv, j'essaie d'asseoir Alias à ma table. Mais c'est un garçon très occupé. Piscine, dentiste, poney, tricotage de chamalows en peluche, rien que des cas de force majeure. Là, je le sens, je tiens le bon bout. Mais du coup, la putain de pression que ça me met pour Ludesco. Ah bon sang, j'gobe un Lexomil et j'reviens.



Le bilan

Un excellent festival ! Épuisant mais super riche à tous points de vue. Pleins de kopaings, plein de parties, plein de fun. Première fois que je ne mène que du Sombre zéro sur une conv et ça l'a super bien fait. Le système est accessible à tous, même aux débutants, même aux plus jeunes. Les scénars tournent super bien (putain, DSG est vraiment cool) et le format (15 à 25 minutes) est pile poil adapté. J'adore cette variante, elle roxxe trop du poney moldave !



Les mercis

+ Merci à la Fédé pour son accueil et la qualité de son orga. Spéciale dédicace à Véro, pour sa réactivité, sa gentillesse et sa bonne humeur. Ce fut un plaisir de bosser avec toi durant ces trois jours.

+ Merci à Projets-R, une assoce qu'elle gère grave. Des gens sérieux (et fun !) qui n'ont pas peur de mouiller la chemise et avec qui on a plaisir à partager un stand. Reviendez quand vous voulez, les gars.

+ Merci à tous les exposants qui, parce qu'on avait besoin de compléter des tables pour lancer des démos là maintenant tout de suite, ont bien voulu s'asseoir avec nous quelques minutes pour jouer à Sombre alors qu'ils avaient par ailleurs plein de trucs à faire sur leurs propres stands.



*



Mon body count

Deep space gore :
+ Partie 1 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 2 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 3 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 4 : quatre joueurs, zéro survivant.
+ Partie 5 : quatre joueurs, une survivante.
+ Partie 6 : quatre joueurs, zéro survivant.
+ Partie 7 : cinq joueurs, zéro survivant.

Overlord :
+ Partie 1 : six joueurs, zéro survivant.
+ Partie 2 : quatre joueurs, zéro survivant.
+ Partie 3 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 4 : six joueurs, zéro survivant.
+ Partie 5 : six joueurs, une survivante.

Total : 12 parties, 59 joueurs, 57 morts.



*



Et pour finir, promo

Image


Sombre 1 et Sombre 2, les deux premiers numéros de la revue consacrée à Sombre, sont toujours disponibles. 72 pages au format A5 et à pas cher (prix libre, minimum 7 euros par numéro + port). Pour commander, c'est par ici.
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Johan Scipion
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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 03/03/2013 à 17:30

Sombre et les geeks à boobs.



On m'interpelle sur Festnoz, le forum des rôlistes vannetais.


Johan Scipion a écrit:Mon body count

Deep space gore :
+ Partie 1 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 2 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 3 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 4 : quatre joueurs, zéro survivant.
+ Partie 5 : quatre joueurs, une survivante.
+ Partie 6 : quatre joueurs, zéro survivant.
+ Partie 7 : cinq joueurs, zéro survivant.

Overlord :
+ Partie 1 : six joueurs, zéro survivant.
+ Partie 2 : quatre joueurs, zéro survivant.
+ Partie 3 : cinq joueurs, zéro survivant.
+ Partie 4 : six joueurs, zéro survivant.
+ Partie 5 : six joueurs, une survivante.

Total : 12 parties, 59 joueurs, 57 morts.



Jazzael Loreweaver a écrit:C'est moi ou c'est les nanas qui survivent ?



Johan Scipion a écrit:C'est pas toi.



DARKOVER a écrit:C'est normal : on est souvent plus prudentes !



Johan Scipion a écrit:Nan nan, vous n'y êtes pas. C'est juste une question de, hum, moule !

Blague potache mise à part, je vais me fendre d'une réponse sérieuse dès que j'ai un peu de temps parce que le sujet (les joueuses dans Sombre) m'intéresse grave.



DARKOVER a écrit: Aller! Je ne t'en veux pas !!! Elle était un peu facile quand même !

Mais as-tu remarqué un "style" féminin ? Le sujet m'intéresse aussi...


'Tention, on est partis pour une sacrée tartine parce que le sujet est un poil complexe et qu'il m'intéresse grave. Tout ce qui tourne autour de la dynamique des tables de Sombre me passionne.

En préambule, j'enfonce une porte ouverte : ce que j'écris ci-après n'a, c'est évident, aucune valeur scientifique. Je ne fais pas de stats (enfin, pas de ce genre là), ne demande pas non plus à mes joueurs de remplir des questionnaires et n'ai aucune formation de psychologue ou de sociologue. Mon approche est artistique car mon seul souci est le game design de Sombre. Je fonctionne au feeling et j'ai, au fil du temps, appris à faire confiance à mes impressions. Je m'appuie dessus pour développer mon jeu, en particulier pour écrire mes scénarios. Je ne cherche pas à objectiver mon ressenti, juste à l'exploiter au mieux dans le cadre de mon boulot.

Ce qui n'empêche pas que je cogite un minimum, hein. Le game design, c'est quand même un peu beaucoup du triturage de gros cerveau. Au delà de ça, mon feeling n'est pas non plus du total n'importe quoi, ne serait-ce que parce que je mène souvent, dans des contextes très variés et avec plein de gens différents. Rien qu'à Bagneux le week-end dernier, j'ai vu passer une cinquantaine de joueurs à ma table, de la gamine de 10 ans au hardcore gamer qui joue depuis 25 ans. À force d'enchaîner les démos, plusieurs centaines ces dernières années, je pense que ma table finit par être relativement représentative de la population rôliste générale.

Cela posé, je suis très conscient d'un certain nombre de biais. D'une, je ne mène que mon propre jeu, qui a ses particularités. De deux, j'ai mes propres opinions et préjugés sur les femmes, les hommes et les rapports hommes/femmes. De trois, je suis un homme. J'enfonce une autre porte ouverte, hein ? Je veux dire, on s'en doute que je suis un homme. ^^

Là où ça devient pertinent, c'est quand on se rend compte que lorsque je mène Sombre, je ne peux avoir que deux types de tables : entièrement masculine (moi + que des joueurs) ou mixte (moi + que des joueuses ou moi + des joueurs + des joueuses). De fait, je ne pourrais jamais connaître les joies d'une table entièrement féminine. C'est un sacré biais. Ça l'est d'autant plus que je suis meneur. Mon rôle dans la partie est central, je ne suis pas un joueur lambda qui pourrait se faire oublier en bout de table et passer quasi inaperçu. Je suis, de par ma fonction, au cœur du jeu. Même si je suis le seul homme à table, l'effet de mixité joue donc à plein.



Geeks à boobs

Si on prend les choses en très très gros, mon avis est que la rôliste est un homme (presque) comme les autres. Une joueuse, c'est grosso merdo un geek à boobs.

De mon point de vue de meneur de Sombre, le sexe a nettement moins d'impact sur la partie que l'expérience de jeu (au sens le plus large : l'habitude de jouer au jeu de rôle, mais aussi aux jeux vidéo et aux de société en général, le profil de gamer quoi) ou que, très sérieusement, la moule (l'aléatoire a une place importante dans le système de Sombre, particulièrement à ma table, où j'applique strictement les règles et les résultat des dés).

Si on retient des critères plus personnels, le sexe me semble largement moins déterminant que l'âge ou la classe sociale, je m'en rends vachement compte depuis que je mène pour des gamins et que je fais des démos dans des ludothèques de certains quartiers populaires de la banlieue parisienne.

Et puis, tout simplement, le sexe arrive très loin derrière le caractère de la personne, son envie de jouer à Sombre (qui implique un intérêt minimum pour le cinéma d'horreur et la condition de PJ-victime), sa capacité d'immersion et son niveau de roleplay. Ça, ce sont des purs trucs. Des machins qui changent une partie du tout au tout.

En clair : je pense que, dans mes parties de Sombre, le sexe des joueurs est un facteur parmi d'autres, et que c'est loin d'être celui qui a le plus d'importance. Il n'est pas pour autant négligeable car le jeu de rôle est ainsi fait qu'une petite nuance peut impacter de manière significative le déroulement d'une partie. Alchimie humaine et dynamique de groupe sont des domaines un peu subtils. Il ne faut pas grand-chose pour les altérer. Le relationnel, c'est compleeeexe.

C'est à mon sens d'autant plus vrai que la table est par ailleurs assez homogène. La question du sexe des participants se pose avec plus de force si le groupe est d'âge, de condition sociale et d'expérience rôliste comparables. Typiquement une table d'amis, voire une table composite (des joueurs inscrits individuellement à la partie) mais dans une petite convention (par opposition à un gros salon, où le public est souvent nettement plus mélangé, ce qui produit plus facilement des tables hétéroclites).



Action vs drama

Avec Sombre, je ne mène ni de quête ni d'enquête, deux types de scénarios que je trouve assez moyennement adaptés au genre horrifique. Je propose des mélodrames dark (pas du soap, hein, du mélo sombre, genre Festen) ou des survivals.

Le scénario sans règles que je vais publier dans Sombre 3 est un mélo sombre relevé d'un petite pointe d'horreur. Ubiquité ou Overlord, parus dans Sombre 2, sont des survivals purs, le premier compétitif, le second coopératif. Deep space gore, que j'ai mené à Bagneux, est également, comme tous mes scénarios Sombre zéro, un survival pur jus.

Il existe bien sûr une formule médiane, du survival avec supplément de drama, dans lequel les enjeux des situations de survie sont enrichis, voire créés, par les backgrounds des PJ. Par exemple, House of the rising dead (paru dans Sombre 1) si on se donne la peine de monter un groupe un peu bien branlé. Ou Dream queen, mon premier quickshot onirique, un survival durant lequel j'ai improvisé certaines situations de stress extrême directement à partir des historiques des PJ (la scène de noyade notamment).

Tout ça pose deux questions : 1/ Y a-t-il un intérêt particulier à avoir des joueuses à table lorsque je mène drama dark ? et 2/ Y a-t-il un intérêt particulier à avoir des joueuses à table lorsque je mène action horrifique ?



Zis iz horror

Cela ne surprendra personne d'apprendre que j'ai assez souvent des tables constituées que de joueurs. D'une, le jdr reste encore un milieu massivement masculin. De deux, le genre horrifique est sexuellement clivant. Pas mal d'hommes refusent de s'asseoir à ma table parce qu'ils n'aiment pas les films d'horreur, mais c'est plus fréquent encore chez les femmes.

Des gens ont écrit des thèses épaisses comme l'annuaire, dans lesquelles ils se demandent si le genre horrifique est un peu, beaucoup ou énormément sexiste. Perso, je ne me prononcerais pas sur la question – cruciale s'il en est ! – de savoir si la final girl est (ou pas) un motif féministe. Je m'en bats les gonades contre des murs en crépi.

Au fond de mon moi-même, j'ai l'intuition – en fait non, la conviction – que l'horreur en tant que genre a le potentiel pour s'adresser au plus grand nombre, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, riches et pauvres. La curiosité morbide et le plaisir de la peur distanciée par la fiction sont, à mon sens, universels. Ça transcende tous les clivages car c'est fondamentalement humain.

Mais bon, c'est ma vision perso. Celle du grand public, fortement orientée par les produits horrifiques diffusés par les médias de masse, est tout autre. Mon sentiment est que l'horreur est très souvent perçue comme un genre masculin, fait par des hommes à l'intention d'un public d'hommes. Violent, sale, vulgaire. Un truc de mecs, quoi.



Boobs et survival

Il est donc assez rare que je me retrouve avec une table de joueuses. J'ai eu à quelques reprises, à la Japan Expo (un festival qui, manga oblige, attire le public féminin), plusieurs tables entièrement féminines. Il s'agissait à chaque fois de survivals. Je ne mène pas drama dans un salon aussi bruyant que la Japan.

Et bin, avec que des gonzesses à table, franchement aucune différence avec une partie où je n'ai que des mecs. Ça bourrine et ça cogite tout pareil. Des gens qui dirigent, d'autres qui suivent, se la jouent perso ou collectif, réfléchissent avec finesse ou comme de grosses truffes. Seule différence : les meufs poussent plus dans les aigus que les gars quand elles braillent pour montrer qu'elles sont contentes d'en mettre plein la gueule aux bad guys. Mais sinon, exactement tout comme pareil.

Quand je mène un survival coopératif en table mixte, là par contre, je sens une différence. Toutes choses étant égales par ailleurs, mon impression est que les femmes ont tendance à laisser les hommes qui le veulent prendre les rênes. Elles se la jouent profil bas et suivent, pas par passivité mais par calcul. Elles attendent l'opportunité, le moment favorable pour agir et tirer leur épingle du jeu, alors qu'il se trouve toujours un ou deux gars pour se mettre dès le départ en avant, jouer les casse-cous et décider pour le groupe. C'est sans doute ce que tu entendais lorsque tu disais que les femmes étaient plus « prudentes ».

Pour mettre le truc en contexte, je précise que mes tables mixtes sont plus souvent à dominante masculine que féminine. Sur cinq joueurs, j'ai plus facilement quatre hommes et une femme que l'inverse. L'effet de mise en minorité des joueuses est alors très sensible. Il ne l'est pas toujours autant cela dit car il n'est pas rare que j'aie deux hommes + deux femmes ou trois hommes + deux femmes. En conv, les couples sont fréquents. On vient facilement à deux faire un tour dans les salons, surtout s'ils sont un minimum transmédiatiques.



Boobs et drama

Quand je mène drama, j'apprécie grave les tables mixtes car leur dynamique est souvent meilleure. La tension sexuelle sert le jeu, enfin la bonne tension sexuelle.

La mauvaise tension sexuelle, c'est quand des gens, souvent un peu jeunes, essaient de se brancher à ma table. Typiquement, ça veut coucher mais ça n'ose pas se le dire IRL et ça espère que les persos feront passer le message. Ou ça lorgne à plusieurs sur la même personne et ça joue à celui qui pisse le plus loin dans la neige. Vu le rapport hommes/femmes chez les rôlistes, c'est généralement deux mâles qui sortent leurs plumes ludiques pour impressionner une femelle. Tout ça me lourde bien comme il faut car ça instrumentalise le jeu. La partie n'est plus une fin en elle-même, ça devient un outil de drague. C'est de l'implication personnelle, hein, mais elle parasite le jeu plus qu'elle ne le sert.

La bonne tension sexuelle, c'est quand les gens font attention à ce qu'ils disent parce qu'il y a à table des personnes du sexe opposé. Tout simplement parce qu'on n'a pas envie de passer pour un gros lourd macho aux yeux des nanas, pas plus qu'on n'a envie de passer pour une connasse hystérique aux yeux des mecs. Or c'est hyper important, dans un jeu de communication comme le jdr, de faire attention à ce qu'on dit. C'est même juste le cœur du truc : une partie, c'est un dialogue à plusieurs.

Comme je le disais en ouverture, cette retenue existe toujours à ma table avec les femmes puisque, au minimum du minimum, ma présence produit de la mixité. Quand il n'y a que des hommes par contre, et surtout s'ils sont un peu jeunes, ça vire assez facilement à l'ambiance vestiaires de foot. J'apprécie moyennement parce que je trouve que c'est inadapté à l'horreur. Je veux dire, une blague de blonde par minute, c'est juste pas trop possible. Le truc cool, c'est que dès que y'a au moins une gonzesse à table, ce qui m'arrive très régulièrement ces temps derniers, surtout quand je mène long, ça jugule pas mal les débordements de testostérone. Et c'est cool parce que c'est bon pour le jeu d'horreur.

Attention, j'ai fait de super parties avec des tables 100 % masculines. Mais dès que y'a moyen d'avoir au moins une femme, j'apprécie grave. Toutes choses étant égales par ailleurs, hein. Je préfère de trèèès loin un bon joueur, bien impliqué et bien motivé, à une mauvaise joueuse. Mais à choisir entre un bon joueur et une bonne joueuse pour compléter une table de mecs, je prends la joueuse.

Pas uniquement pour cette question de bonne tension sexuelle, mais aussi, tout simplement, parce que le drama c'est pas mal de mélo. Et là, il est hyper utile d'avoir des gens qui jouent des personnages de leur propre sexe. Ça apporte immédiatement du naturel et de la crédibilité aux relations sociales, particulièrement aux relations de couple. J'ai eu de super scènes de roleplay entre hommes, mais ça coule quand même vachement plus de source lorsque, dans un couple (hétéro) de PJ, une joueuse interprète la femme et un joueur l'homme. Dans les relations mère-fille aussi, avoir au moins une joueuse est super.

Dans Sombre 3, je vais publier un scénario mélo dans lequel les prétirés sont une famille (papa, maman, un fils, une fille). Je l'ai mené une petite douzaine de fois, dont sept dans sa version actuelle (il a beaucoup évolué au fil du temps). J'ai fait de très bonnes parties avec quatre joueurs, mais dans mes trois meilleures parties – et putain, elles furent excellentes – j'ai eu trois joueurs et une joueuse. Indépendamment des qualités de roleplay des uns et des autres, je suis convaincu que la présence d'une femme à table a, dès le départ, mis la partie sur de bons rails.

Inversement, mon seul vrai échec avec ce scénario, était une partie avec deux femmes. Sur le papier, le cast était idéal. Dans la pratique, il s'est révélé très suboptimal. Les joueuses n'ont pas accroché au principe du mélo dark et du coup, c'est toute la partie qui est tombée à plat. Conclusion : rien ne remplace l'envie de jouer et de s'impliquer, même pas les boobs.



Archétypes sexués

J'ai souvent entendu dire que les hommes étaient incapables de joueur des femmes, qu'ils les caricaturaient de manière systématique. Ce n'est pas vrai. J'ai eu à ma table de super performances de joueurs interprétant des PJ féminins. Et inversement, bien sûr.

Selon moi, hommes et femmes sont égaux devant le roleplay. Quand on veut se donner un minimum de mal pour jouer correctement un personnage de l'autre sexe, et bin on y arrive. Bon, il manque toujours ce je ne sais quoi qui sexualiserait clairement le perso, mais dans le cadre d'une partie de Sombre, ce n'est pas ça qui va causer souci. J'entends par là que oui, les PJ masculins joués sérieusement par des femmes gardent quelque chose de profondément féminin, de même que les PJ féminins joués sérieusement par des hommes gardent quelque chose de profondément masculin, mais ça ne pose pas de problème en terme de jeu. C'est très fonctionnel.

Et pourtant, hors prétirés, ça reste relativement atypique. En général, les rôlistes à ma table privilégient le confort en créant des personnages de leur sexe. S'ils veulent les jouer sérieusement, hein. Du coup, j'en tiens compte lorsque je produis mes prétirés. Partant du constat que j'ai nettement plus d'hommes que de femmes à ma table, je privilégie, quand j'ai à choisir, les PJ masculins. C'est pour cela que le cast d'Ubiquité est entièrement masculin. Il aurait pu être entièrement féminin sans que ça ait la moindre incidence sur le scénar, mais j'ai opté pour des PJ hommes parce que je savais que ce serait plus confortable pour mes joueurs, majoritairement masculins. Plus confortable donc plus efficace. Or moi, j'aime l'efficacité.

Il y a un autre aspect qui rentre en compte, et qui tient lui à la représentation mentale et fictionnelle des deux sexes. Les PJ d'Ubiquité sont agressifs et violents. Or c'est plus facile à crédibiliser si ce sont des hommes. La violence, surtout physique, c'est un truc de mecs. Dans le vrai monde bien sûr, mais surtout dans la fiction et particulièrement dans la fiction cinématographique, domaine qui m'intéresse dans le cadre de Sombre. À l'écran, la castagne, c'est vachement plus souvent entre hommes qu'entre femmes. C'est pour ça que, dans le cadre d'un scénar PvP, des persos masculins marchent mieux. Ça correspond plus aux stéréotypes qu'on a plus ou moins tous dans la tête.

C'est un truc assez rigolo durant les créas. Les Traits (Avantages et Désavantages) et les Personnalités de Sombre sont, comme toutes mes aides de jeu, rédigés au masculin. C'est de loin le plus simple, les machins façon Passionné-e ou Chétif-ive, c'est juste hypra chiant à lire. En tant que lecteur, ça me lourde en trois secondes, donc je rédige au masculin. Un masculin neutre, hein. Techniquement, il n'y a rien dans les règles qui réserve tel Trait ou telle Personnalité aux PJ hommes ou aux PJ femmes. Et bin, y'a quand même une vraie tendance chez les joueurs, quel que soit leur sexe, à sélectionner certains Traits ou Personnalités en fonction du sexe de leur personnage. J'ai par exemple très peu d'hommes Irrésistibles (la séduction, c'est féminin) ou de femmes brutales (l'agressivité, c'est masculin).



This one is a no-brainer

Mais moi, les archétypes et les stéréotypes, je n'ai rien contre. À ma table, je veux dire. L'horreur s'en accommode fort bien et le jeu de rôle horrifique plus encore. C'est pratique et ça marche, que demande le peuple ? Et puis Sombre cherche à émuler le cinéma d'horreur. Ça fait donc sens qu'on y retrouve ce qu'on voit à l'écran, y compris si c'est un gros peu caricatural. Je veux dire, mes rednecks sont bien gratinés en général et ce n'est pas pire, en terme de caricature, qu'une blondasse avec le cerveau dans les nénés.

Évidemment, on glisse plus facilement dans vers le roleplay caricatural lorsqu'on joue un archétype. La définition même de l'archétype est l'absence de nuance, or c'est la nuance qui fait le roleplay subil (et réciproquement). Dans la caricature du sexe opposé, mon avis est que, là encore, les deux sexes se valent : les mecs créent des bombasses, les femmes des brutasses. Le premier cas (le joueur qui crée une bombasse) est de très loin le plus courant à ma table. À mon sens, ça tient à trois facteurs : la surreprésentation des hommes dans la population rôliste (on y revient toujours), le fait qu'il ne soit pas techniquement possible de créer de vraies grosses brutasses à Sombre (ça ne collerait pas avec le concept de PJ-victime) et que la bimbo big boobs est un archétype puissant de la culture horrifique. On en voit plein dans les films d'horreur américains, particulièrement dans les teen movies horrifiques. C'est une figure majeure du genre.

Sauf que des fois, c'est inapproprié. La bimbo dans un survival décontracté du gland, White trash par exemple (le survival forestier que je mène en conv actuellement), c'est pile poil. Si on fait du drama par contre, ça va coincer. Pas tant parce que c'est ridicule (je veux dire, l'archétype *est* ridicule, il est fait pour qu'on se moque de lui) que parce que ça indique dès la créa que le joueur n'est pas dans le mood. On part sur du dark drama et lui, pof, il me pond une poufiasse à caniche. Je l'interprète comme une position de repli pour éviter de s'impliquer trop dans la fiction. Tout de suite, ça allume une petite lumière rouge dans un coin de mon cerveau.
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Re: Sombre

Messagepar Domina » 04/03/2013 à 13:40

Je viens de débarquer sur le forum et donc de découvrir ton sujet sur Sombre. Alors j'avoue, là je viens de survoler, je suis en pause déjeuner et il y a 6 pages...
Mais je passe juste pour dire que ça fait déjà super envie.

"Au fond de mon moi-même, j'ai l'intuition – en fait non, la conviction – que l'horreur en tant que genre a le potentiel pour s'adresser au plus grand nombre, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, riches et pauvres. La curiosité morbide et le plaisir de la peur distanciée par la fiction sont, à mon sens, universels. Ça transcende tous les clivages car c'est fondamentalement humain."
J'approuve totalement. Et puis je ne me sers jamais de mes boobs pour regarder un film d'horreur.

Connaissant certains énergumènes de la boîte à chimère et connaissant très bien l'un des fondateurs des éditions Malpertuis, je suis tout à fait verte de découvrir Sombre avec autant de retard. Je vais devoir me rattraper à l'avenir.
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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 04/03/2013 à 14:09

Domina a écrit:je passe juste pour dire que ça fait déjà super envie.


Meurchi tout plein.



je ne me sers jamais de mes boobs pour regarder un film d'horreur.


Sage précaution, moi je dis.



Je vais devoir me rattraper à l'avenir.


:bien:
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Re: Sombre

Messagepar darknoemie » 04/03/2013 à 14:48

Domina a écrit:
je ne me sers jamais de mes boobs pour regarder un film d'horreur.

Je vais devoir me rattraper à l'avenir.



:zinzin: :shock: :zinzin: :shock: :zinzin:
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Re: Sombre

Messagepar Johan Scipion » 04/03/2013 à 14:55

:D
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Re: Sombre

Messagepar darknoemie » 04/03/2013 à 15:08

Par contre Johan, seras-tu à Eclipse cette année ??
Il faut que je me procure sombre 2 depuis que tu t'es lâchement endormi à Theix !! :twisted:
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