S1E4 - Tsuto
Posté : 24/11/2025 à 10:05
Témoignage d'Astal
Décidément ce nouveau ceinturon fait bel effet sur moi ! En plus de son style, il m'apporte une nouvelle vigueur, j'ai l'impression de retrouver mes 20 ans, quel bonheur... Je suis extirpée de mes pensées par Arannis qui nous tombe dessus assez mécontent : nous sommes en retard pour la cérémonie de remise des clefs ! Oui certes, mais les héros peuvent se faire attendre un peu, nous le méritons bien après tout. Avant de nous mettre en route, il a d'autres nouvelles plus préoccupantes à nous partager : le corps du père Tobyn a été dérobé ! L'attaque des Gobelins n'aurait été qu'une diversion ; une échelle a été découverte près de la cathédrale où reposait la dépouille. Le corps a disparu. Arannis et ses maîtres soupçonnent alors une taupe au village qui aurait facilité l'organisation de ce brigandage. Cette affaire devient de plus en plus complexe.
Nous n'avons pas le temps d'échanger sur la question, nous partons déjà pour la remise des clefs organisée par Kendra Déverin. C'est en tenue de guerriers que nous nous présentons, alors que nous retrouvons tout le gratin du village. Nous remarquons aux côtés de la mairesse le père d'Améïko, le patriarche Kaïjitsu, ainsi que Titus Scarnatti, un vieil homme tout sec qui semble assez antipathique. Ce notable gère les moulins tandis que le père d'Ameïko détient la verrerie de la ville. Un autre homme beaucoup plus jeune se tient près d'eux, sans doute de la famille Valdemart. C'est étrange il a le teint blafard et semble très fatigué. Cela m'interpelle car son allure détonne avec son jeune âge. Légèrement éloignés, le chef de la garde Bélor se tient accompagné de son adjoint Savah et d'un autre Shoanti plus jeune également.
Nous recevons nos clefs à la suite d'un discours qui se veut rassurant de la part de Kendra Déverin, mais vu les dernières nouvelles je sais que la menace est loin d'être écartée. Les clefs sont ordinaires et obsolètes, je suis assez déçue. Il s'agit en réalité d'un geste symbolique et de communication auprès de la population. Nous sommes ensuite invités à une dégustation de mets fins accompagnés de breuvages exquis. Au moins cela valait la peine de se déplacer ! Je tend l'oreille effilée car je surprend Titus Scarnetti s'adresser au jeune homme à l'allure décrépie : "Dites à votre père Valdemart que j'ai besoin de le voir pour renégocier les contrats à la baisse." Curieux.
Je suis aussitôt tirée de mon indiscrétion par Bélor qui s'approche et nous interpelle. Il est accompagné du jeune Shoanti qu'il nous présente comme étant son neveu ; un barbare de belle carrure prénommé Smellkalf Brugvhire. Bélor nous explique qu'au vu des circonstances il va devoir s'absenter deux à trois jours à Magimaar pour quérir de l'aide plus conséquente. En son absence, c'est l'adjoint Savah qui prendra la responsabilité de la garde. Je ne suis pas étonnée quand il nous demande de le seconder car ce n'est pas une flèche. Smellkalf va aussi rejoindre notre équipe. Je suis un peu méfiante car nous ne le connaissons pas, mais du bonus de muscles c'est toujours bon à prendre. Il va falloir retravailler ses maladresses, nous avons frôlé l'incident diplomatique lorsqu'il a nonchalamment tapoté la tête de Mad. Je comprends parfaitement le courroux de Mad, pour l'harmonie de notre troupe j'ai dû excuser sa maladresse en m'appuyant sur la mauvaise réputation de ce peuple perçu comme des sauvages sans manières, mais cela m'a déplu d'en arriver là car c'est contre mes valeurs de colporter de tels clichés. La maladresse fut bien réelle cependant et mon ami a failli en arriver aux mains. Aucune bière n'a eu raison de sa mauvaise humeur par la suite, c'est dire ! Il est resté à bougonner toute la soirée, immuable comme ses chères montagnes. Le vieux Kaïjitsu est arrivé comme une tempête dans l'auberge, il eu juste le temps de débiter un déluge de reproches à sa fille puis disparaître comme une tornade. Ayant échangé dans leur langue natale, nous n'avons pas pu comprendre le sujet de cette querelle. Ameïko a préféré rester discrète, je sais que ce n'est pas la première fois qu'une telle scène se produit. Nous nous sommes finalement couchés, moi bien plus vacillante que Mad mais suffisamment alerte en cas de besoin, disons surtout grâce à la présence de Tara dans notre chambre !
Le lendemain, Bethana, l'Halfeline au service d'Ameïko, m'a réveillée de façon fort désagréable en débarquant en trombe au chevet de mon lit. Elle s'agitait dans tous les sens complètement affolée en brandissant un bout de papier : "Elle a disparu ! Elle a disparu !" C'est d'abord auprès de Tara qu'elle a pu s'expliquer, le temps que j'émerge de mon sommeil nauséeux et que Mad nous rejoigne, alerté par tout ce tintamarre. Sa petite voix vociférante et suraiguë m'était particulièrement douloureuse aux oreilles. Nous nous sommes éloignés dans un coin de la pièce avec Mad pour lire au calme la lettre, tandis que nous prenions conscience de la disparition d'Ameïko et de la gravité de la situation. Le stress pour mon amie m'a fait comme l'effet d'un antidote et je me suis instantanément ressaisie. La mention d'un trésor d'une valeur de 2000 pièces d'or n'était pas anodine non plus, mais sincèrement secondaire à mes yeux sur le moment. J'ai compris que les motivations de garder secret le contenu de la lettre pouvait quelque peu diverger entre Mad et moi : en lisant le caractère confidentiel du rendez-vous, j'ai voulu respecter cette volonté et ne pas communiquer les détails auprès de Tara et Smellkalf. Je découvrais l'existence du demi-frère d'Ameïko, et je me disais que ne m'en ayant pas parlé elle voulait certainement garder cette information secrète, je ne sais pour quelle raison. La lettre écrite par son demi-frère, un certain Tsuto, lui donnait rendez-vous à la verrerie familiale la veille au soir. Si j'ai bien compris il voulait se venger de son père et le faire chanter. Cependant Ameïko n'est pas rentrée ce matin, ce qui a inquiété Bethana qui s'est mise à farfouiller en quête de réponse jusqu'à tomber sur cette lettre et venir nous alerter.
Nous convenons d'aller à sa recherche directement du côté de la verrerie. Nous partons à quatre : Tara, Smelk, Mad et moi-même, Arannis étant toujours occupé auprès de ses maîtres. Nous arrivons sans encombres aux pieds de la verrerie, une grande et large bâtisse surmontée de dômes de verre. Nous remarquons que toutes les ouvertures sont masquées de rideaux tirés. Smelk propose de prendre contact à la porte principale, en tant que représentant officiel de la garde. Pendant ce temps, nous tentons une approche furtive par l'arrière de l'édifice. Pendant que Tara monte la garde en bas, Mad et moi grimpons sur le toit pour jeter un oeil à travers les dômes. Mad a encore voulu passer en premier mais étant bien plus agile, je l'ai doublé sur la fin en escaladant directement la façade. Je m'impatientais à traîner sur la corde derrière lui. Fort heureusement, personne en haut. Tara nous rejoint pour que nous scrutions chacun discrètement chaque dôme. Nous découvrons alors une usine infestée de Gobelins. Encore eux ! Tout est saccagé à l'intérieur, ils sont nombreux. Sur les conseils avisés de Mad je demande à Tara de casser un dôme pour pouvoir attaquer à l'arc d'en haut, mais elle refuse sous prétexte de ne pas faire de dégradation matérielle. Cela me fait doucement rire vu l'état à l'intérieur mais Mad fait la remarque pertinente du manque de discrétion que cela occasionnerait. Nous nous ravisons et redescendons. Mad crochète une porte arrière, sans souci de discrétion puisqu'on entend Smelk en train de défoncer la porte avant. Il ne fait pas dans la dentelle celui-là, mais c'est parfait il joue le rôle de diversion. Tara s'éclipse pour prévenir la garde, alors que Mad et moi nous introduisons dans un couloir.
Pendant notre progression, je suis rapidement attaquée à revers alors que Mad est occupé à poursuivre ses investigations. J'ai bien du mal à venir à bout de mon gobelin malgré mes incantations envers Desna. J'entends au loin Mad et Smelk faire une boucherie du reste de ces viles créatures. Le mien ne cesse de gesticuler et me faire manquer mes coups de rapière. Les couloirs étroits ne sont pas mes environnements de combat de prédilection. Les râles et les cris diminuent progressivement au loin alors que je donne enfin le coup de grâce à mon ennemi. Je déduis que mes acolytes se débrouillent bien sans moi alors je décide de jeter un oeil rapide à la première pièce contigüe : une remise de sculptures de verre. Tout est brisé à l'exception d'une petite statuette en forme de licorne. Je l'enrobe délicatement dans ma couverture pour la glisser soigneusement dans mon havre-sac. Même ce qui semble être le chef-d'oeuvre du maître a été détruit, quel dommage.
Je rejoins les autres dans le grand atelier, je remarque que Smelk est bien amoché. De nombreux cadavres de gobelins jonchent le sol à ses pieds. J'accours vers lui pour lui prodiguer mes soins légers. Tara les a rejoint pendant le combat. Le calme retombé nous prenons le temps d'observer la pièce. Le lieu est absolument macabre ; des morceaux de cadavres humains - ceux des ouvriers certainement - sont éparpillés un peu partout, certains carbonisés et même recouverts de verre fondu. C'est abominable. Nous remarquons au centre de la pièce un corps entier carbonisé et figé dans le verre dans sa posture assise. De près nous remarquons que l'individu est richement vêtu, des bijoux sont figés sous la glace de verre, la chaise est luxueuse. Nous reconnaissons les vêtements et parures du patriarche Kaïjitsu ! Nous trouvons une lettre sur lui, apparemment rédigés par Tsuto, le demi-frère. La garde débarque alors, Mad et moi cachons le parchemin. Nous procédons à un état des lieux sous l'oeil de la garde. Nous trouvons un coffre-fort vide, des pièces saccagées, des trainées de sang lorsque les corps ont été transférés dans le grand atelier. Je remarque des pigments qui m'intéresseraient mais un garde me rouspète. Dès qu'il a le dos tourné je glisse furtivement quatre petits flacons dans une de mes cartouchières. Franchement à ce stade, ce petit larcin ne fait aucun mal. Je me demande si je peux les utiliser pour enrichir ma palette d'encres.
Nous nous empressons de remercier les gardes quand Mad découvre une porte menant au sous-sol. Smelk les accompagne vers l'extérieur et les somme de retourner prévenir la mairesse, ainsi nous pouvons emprunter l'escalier et explorer seuls cette partie de la verrerie. Mad en tête suivi de Tara, je leur emboite le pas et nous progressons prudemment. Il fait très sombre et je sens tout à coup une lourde paluche me tomber sur l'épaule. Je me retourne vivement et discerne Smelk qui nous a rejoints, je comprends que ne voyant pas dans le noir comme nous il compte sur moi, mais je lui fais la remarque sur les manières de demander le consentement avant de me toucher, non mais ! En plus il m'a fait une belle frayeur et aurait pu se retrouver avec ma dague enfoncée dans l'oeil si je n'avais eu le réflexe de me retourner d'abord. Il n'est pas méchant mais ne semble pas très réfléchi. Nous suivons un couloir sombre qui dessert plusieurs pièces. La première est un bureau très spartiate où nous découvrons une percée dans le mur, ouvrant sur un tunnel tortueux grossièrement creusé dans la terre ! Nous hésitons sur la direction à prendre, mais décidons de finir l'investigation de la cave. Mad découvre de très intéressants documents près du secrétaire de fortune. Ce sont des plans et réflexions rédigés par Tsuto, cela concerne les attaques des Gobelins ! Nous n'avons pas le temps de les lire, nous les gardons pour plus tard. La deuxième pièce est une toute petite remise sans intérêt. Alors que Mad s'apprête à ouvrir la porte d'une troisième pièce au virage du couloir il reçoit une flèche ! Nous entendons des pas de fuite résonner dans notre dos. Tara s'élance vers la source du tir au bout du couloir tandis que Mad rebrousse chemin. Je décide de le suivre. Tara tombe sur un gobelin affairé dans une plus grande pièce alors que nous prenons à revers un demi-elfe armé d'un arc cherchant à s'enfuir par l'autre côté. La pièce communique également avec l'escalier de sortie. Je n'ai pas le temps de me réarmer, courant plus vite que Mad je m'interpose entre la sortie et l'agresseur. S'ensuit un ensemble de coups et de bousculades dont je n'ai plus bien mémoire ; j'ai été blessée. Ce qui m'a interpelée, c'est que le demi-elfe cherchait avant tout à s'enfuir puisqu'il m'a boutée pour se rendre en fin de compte vers la première pièce. Je l'ai pris en chasse et j'ai réussi à m'interposer de nouveau entre lui et l'entrée du tunnel rudimentaire. Là encore, au lieu de se battre, il m'a de nouveau repoussée pour prendre la fuite. J'ai couru dans ce tunnel après lui sur une certaine distance mais j'entendais les cris de Mad et Tara derrière moi s'éloigner, je savais qu'ils peinaient à nous suivre. Je tenais la distance avec notre ennemi mais je sentais mes forces s'amoindrir et pensais que s'il se dirigeait droit vers le repère des Gobelins, je ne ferais pas le poids toute seule. Je m'arrête net et lance dans un cri de rage ma dague en sa direction. Je l'entends claquer au sol à quelques mètres devant moi dans l'obscurité. Mon cri résonne dans le couloir sinueux et pourtant il me semble entendre un rire fou au loin.
Le silence retombe. Alors que je suis encore à chercher mon souffle, des bruits de pas de course se font entendre de plus en plus fort derrière moi, c'est Tara qui me rejoint. Elle me reproche à demi-mot de m'être arrêtée. Mon orgueil s'en trouve piqué mais diantre ! Elle n'avait qu'à courir plus vite elle aussi ! Elle m'aide tout de même à retrouver ma dague. Peut-être est-elle surtout déçue de notre défaite face à ce coquin de demi-elfe qui s'est joué de tout notre groupe au final. Nous rebroussons chemin sans un mot. A notre arrivée auprès des autres nous découvrons Améïko extrêmement fébrile en haillons, visiblement battue et choquée, dans les bras de Mad. La porte de la troisième pièce est ouverte derrière eux. Je suis heurtée de la voir dans un si mauvais état, et cependant soulagée qu'elle soit en vie. Je me rue sur elle pour lui appliquer mes soins légers, c'est un maigre soulagement mais je tente de la réconforter au mieux par la parole également, de la rassurer. Elle est traumatisée, elle répète en boucle "Tsuto est devenu fou, devenu fou..." Puis elle précise "Il veut brûler la ville ! Il est devenu complètement paranoïaque. Nualia aussi, elle veut se venger !" Nous la rassurons autant que nous pouvons et surtout ne traînons pas à quitter ce sinistre endroit pour la soigner correctement au village, chez elle dans son auberge.
Sur le chemin du retour, je cogite. J'ai entre-aperçu les plans sur les documents, des plans d'attaque des Gobelins organisés donc par ce demi-elfe, qui était bel et bien le fameux Tsuto. Il y avait des brouillons de lettres pour son père, et des dessins. Ce Tsuto semble obsédé par une belle jeune femme... Nualia sans doute ? Il semble sous l'emprise d'un amour malsain. Mes pensées s'estompent lorsque nous arrivons au Dragon Rouillé. Bethana est effarée à la vue de sa maitresse mais se ressaisit vite et nous aide à prendre soin d'Ameïko. Dans son lit, elle nous intime l'ordre de tenir son père au courant. Mon regard croise celui de Mad, il s'apprête à lui annoncer la funeste nouvelle mais je le coupe, car je suis convaincue qu'elle est encore trop secouée pour recevoir cette nouvelle. Je lui répète de se reposer, que nous en parlerons le lendemain, quand elle sera un peu plus en forme. Elle répète "Il faut prévenir mon père..." dans un soupir avant de s'écrouler de fatigue.

Décidément ce nouveau ceinturon fait bel effet sur moi ! En plus de son style, il m'apporte une nouvelle vigueur, j'ai l'impression de retrouver mes 20 ans, quel bonheur... Je suis extirpée de mes pensées par Arannis qui nous tombe dessus assez mécontent : nous sommes en retard pour la cérémonie de remise des clefs ! Oui certes, mais les héros peuvent se faire attendre un peu, nous le méritons bien après tout. Avant de nous mettre en route, il a d'autres nouvelles plus préoccupantes à nous partager : le corps du père Tobyn a été dérobé ! L'attaque des Gobelins n'aurait été qu'une diversion ; une échelle a été découverte près de la cathédrale où reposait la dépouille. Le corps a disparu. Arannis et ses maîtres soupçonnent alors une taupe au village qui aurait facilité l'organisation de ce brigandage. Cette affaire devient de plus en plus complexe.
Nous n'avons pas le temps d'échanger sur la question, nous partons déjà pour la remise des clefs organisée par Kendra Déverin. C'est en tenue de guerriers que nous nous présentons, alors que nous retrouvons tout le gratin du village. Nous remarquons aux côtés de la mairesse le père d'Améïko, le patriarche Kaïjitsu, ainsi que Titus Scarnatti, un vieil homme tout sec qui semble assez antipathique. Ce notable gère les moulins tandis que le père d'Ameïko détient la verrerie de la ville. Un autre homme beaucoup plus jeune se tient près d'eux, sans doute de la famille Valdemart. C'est étrange il a le teint blafard et semble très fatigué. Cela m'interpelle car son allure détonne avec son jeune âge. Légèrement éloignés, le chef de la garde Bélor se tient accompagné de son adjoint Savah et d'un autre Shoanti plus jeune également.
Nous recevons nos clefs à la suite d'un discours qui se veut rassurant de la part de Kendra Déverin, mais vu les dernières nouvelles je sais que la menace est loin d'être écartée. Les clefs sont ordinaires et obsolètes, je suis assez déçue. Il s'agit en réalité d'un geste symbolique et de communication auprès de la population. Nous sommes ensuite invités à une dégustation de mets fins accompagnés de breuvages exquis. Au moins cela valait la peine de se déplacer ! Je tend l'oreille effilée car je surprend Titus Scarnetti s'adresser au jeune homme à l'allure décrépie : "Dites à votre père Valdemart que j'ai besoin de le voir pour renégocier les contrats à la baisse." Curieux.
Je suis aussitôt tirée de mon indiscrétion par Bélor qui s'approche et nous interpelle. Il est accompagné du jeune Shoanti qu'il nous présente comme étant son neveu ; un barbare de belle carrure prénommé Smellkalf Brugvhire. Bélor nous explique qu'au vu des circonstances il va devoir s'absenter deux à trois jours à Magimaar pour quérir de l'aide plus conséquente. En son absence, c'est l'adjoint Savah qui prendra la responsabilité de la garde. Je ne suis pas étonnée quand il nous demande de le seconder car ce n'est pas une flèche. Smellkalf va aussi rejoindre notre équipe. Je suis un peu méfiante car nous ne le connaissons pas, mais du bonus de muscles c'est toujours bon à prendre. Il va falloir retravailler ses maladresses, nous avons frôlé l'incident diplomatique lorsqu'il a nonchalamment tapoté la tête de Mad. Je comprends parfaitement le courroux de Mad, pour l'harmonie de notre troupe j'ai dû excuser sa maladresse en m'appuyant sur la mauvaise réputation de ce peuple perçu comme des sauvages sans manières, mais cela m'a déplu d'en arriver là car c'est contre mes valeurs de colporter de tels clichés. La maladresse fut bien réelle cependant et mon ami a failli en arriver aux mains. Aucune bière n'a eu raison de sa mauvaise humeur par la suite, c'est dire ! Il est resté à bougonner toute la soirée, immuable comme ses chères montagnes. Le vieux Kaïjitsu est arrivé comme une tempête dans l'auberge, il eu juste le temps de débiter un déluge de reproches à sa fille puis disparaître comme une tornade. Ayant échangé dans leur langue natale, nous n'avons pas pu comprendre le sujet de cette querelle. Ameïko a préféré rester discrète, je sais que ce n'est pas la première fois qu'une telle scène se produit. Nous nous sommes finalement couchés, moi bien plus vacillante que Mad mais suffisamment alerte en cas de besoin, disons surtout grâce à la présence de Tara dans notre chambre !
Le lendemain, Bethana, l'Halfeline au service d'Ameïko, m'a réveillée de façon fort désagréable en débarquant en trombe au chevet de mon lit. Elle s'agitait dans tous les sens complètement affolée en brandissant un bout de papier : "Elle a disparu ! Elle a disparu !" C'est d'abord auprès de Tara qu'elle a pu s'expliquer, le temps que j'émerge de mon sommeil nauséeux et que Mad nous rejoigne, alerté par tout ce tintamarre. Sa petite voix vociférante et suraiguë m'était particulièrement douloureuse aux oreilles. Nous nous sommes éloignés dans un coin de la pièce avec Mad pour lire au calme la lettre, tandis que nous prenions conscience de la disparition d'Ameïko et de la gravité de la situation. Le stress pour mon amie m'a fait comme l'effet d'un antidote et je me suis instantanément ressaisie. La mention d'un trésor d'une valeur de 2000 pièces d'or n'était pas anodine non plus, mais sincèrement secondaire à mes yeux sur le moment. J'ai compris que les motivations de garder secret le contenu de la lettre pouvait quelque peu diverger entre Mad et moi : en lisant le caractère confidentiel du rendez-vous, j'ai voulu respecter cette volonté et ne pas communiquer les détails auprès de Tara et Smellkalf. Je découvrais l'existence du demi-frère d'Ameïko, et je me disais que ne m'en ayant pas parlé elle voulait certainement garder cette information secrète, je ne sais pour quelle raison. La lettre écrite par son demi-frère, un certain Tsuto, lui donnait rendez-vous à la verrerie familiale la veille au soir. Si j'ai bien compris il voulait se venger de son père et le faire chanter. Cependant Ameïko n'est pas rentrée ce matin, ce qui a inquiété Bethana qui s'est mise à farfouiller en quête de réponse jusqu'à tomber sur cette lettre et venir nous alerter.
Nous convenons d'aller à sa recherche directement du côté de la verrerie. Nous partons à quatre : Tara, Smelk, Mad et moi-même, Arannis étant toujours occupé auprès de ses maîtres. Nous arrivons sans encombres aux pieds de la verrerie, une grande et large bâtisse surmontée de dômes de verre. Nous remarquons que toutes les ouvertures sont masquées de rideaux tirés. Smelk propose de prendre contact à la porte principale, en tant que représentant officiel de la garde. Pendant ce temps, nous tentons une approche furtive par l'arrière de l'édifice. Pendant que Tara monte la garde en bas, Mad et moi grimpons sur le toit pour jeter un oeil à travers les dômes. Mad a encore voulu passer en premier mais étant bien plus agile, je l'ai doublé sur la fin en escaladant directement la façade. Je m'impatientais à traîner sur la corde derrière lui. Fort heureusement, personne en haut. Tara nous rejoint pour que nous scrutions chacun discrètement chaque dôme. Nous découvrons alors une usine infestée de Gobelins. Encore eux ! Tout est saccagé à l'intérieur, ils sont nombreux. Sur les conseils avisés de Mad je demande à Tara de casser un dôme pour pouvoir attaquer à l'arc d'en haut, mais elle refuse sous prétexte de ne pas faire de dégradation matérielle. Cela me fait doucement rire vu l'état à l'intérieur mais Mad fait la remarque pertinente du manque de discrétion que cela occasionnerait. Nous nous ravisons et redescendons. Mad crochète une porte arrière, sans souci de discrétion puisqu'on entend Smelk en train de défoncer la porte avant. Il ne fait pas dans la dentelle celui-là, mais c'est parfait il joue le rôle de diversion. Tara s'éclipse pour prévenir la garde, alors que Mad et moi nous introduisons dans un couloir.
Pendant notre progression, je suis rapidement attaquée à revers alors que Mad est occupé à poursuivre ses investigations. J'ai bien du mal à venir à bout de mon gobelin malgré mes incantations envers Desna. J'entends au loin Mad et Smelk faire une boucherie du reste de ces viles créatures. Le mien ne cesse de gesticuler et me faire manquer mes coups de rapière. Les couloirs étroits ne sont pas mes environnements de combat de prédilection. Les râles et les cris diminuent progressivement au loin alors que je donne enfin le coup de grâce à mon ennemi. Je déduis que mes acolytes se débrouillent bien sans moi alors je décide de jeter un oeil rapide à la première pièce contigüe : une remise de sculptures de verre. Tout est brisé à l'exception d'une petite statuette en forme de licorne. Je l'enrobe délicatement dans ma couverture pour la glisser soigneusement dans mon havre-sac. Même ce qui semble être le chef-d'oeuvre du maître a été détruit, quel dommage.
Je rejoins les autres dans le grand atelier, je remarque que Smelk est bien amoché. De nombreux cadavres de gobelins jonchent le sol à ses pieds. J'accours vers lui pour lui prodiguer mes soins légers. Tara les a rejoint pendant le combat. Le calme retombé nous prenons le temps d'observer la pièce. Le lieu est absolument macabre ; des morceaux de cadavres humains - ceux des ouvriers certainement - sont éparpillés un peu partout, certains carbonisés et même recouverts de verre fondu. C'est abominable. Nous remarquons au centre de la pièce un corps entier carbonisé et figé dans le verre dans sa posture assise. De près nous remarquons que l'individu est richement vêtu, des bijoux sont figés sous la glace de verre, la chaise est luxueuse. Nous reconnaissons les vêtements et parures du patriarche Kaïjitsu ! Nous trouvons une lettre sur lui, apparemment rédigés par Tsuto, le demi-frère. La garde débarque alors, Mad et moi cachons le parchemin. Nous procédons à un état des lieux sous l'oeil de la garde. Nous trouvons un coffre-fort vide, des pièces saccagées, des trainées de sang lorsque les corps ont été transférés dans le grand atelier. Je remarque des pigments qui m'intéresseraient mais un garde me rouspète. Dès qu'il a le dos tourné je glisse furtivement quatre petits flacons dans une de mes cartouchières. Franchement à ce stade, ce petit larcin ne fait aucun mal. Je me demande si je peux les utiliser pour enrichir ma palette d'encres.
Nous nous empressons de remercier les gardes quand Mad découvre une porte menant au sous-sol. Smelk les accompagne vers l'extérieur et les somme de retourner prévenir la mairesse, ainsi nous pouvons emprunter l'escalier et explorer seuls cette partie de la verrerie. Mad en tête suivi de Tara, je leur emboite le pas et nous progressons prudemment. Il fait très sombre et je sens tout à coup une lourde paluche me tomber sur l'épaule. Je me retourne vivement et discerne Smelk qui nous a rejoints, je comprends que ne voyant pas dans le noir comme nous il compte sur moi, mais je lui fais la remarque sur les manières de demander le consentement avant de me toucher, non mais ! En plus il m'a fait une belle frayeur et aurait pu se retrouver avec ma dague enfoncée dans l'oeil si je n'avais eu le réflexe de me retourner d'abord. Il n'est pas méchant mais ne semble pas très réfléchi. Nous suivons un couloir sombre qui dessert plusieurs pièces. La première est un bureau très spartiate où nous découvrons une percée dans le mur, ouvrant sur un tunnel tortueux grossièrement creusé dans la terre ! Nous hésitons sur la direction à prendre, mais décidons de finir l'investigation de la cave. Mad découvre de très intéressants documents près du secrétaire de fortune. Ce sont des plans et réflexions rédigés par Tsuto, cela concerne les attaques des Gobelins ! Nous n'avons pas le temps de les lire, nous les gardons pour plus tard. La deuxième pièce est une toute petite remise sans intérêt. Alors que Mad s'apprête à ouvrir la porte d'une troisième pièce au virage du couloir il reçoit une flèche ! Nous entendons des pas de fuite résonner dans notre dos. Tara s'élance vers la source du tir au bout du couloir tandis que Mad rebrousse chemin. Je décide de le suivre. Tara tombe sur un gobelin affairé dans une plus grande pièce alors que nous prenons à revers un demi-elfe armé d'un arc cherchant à s'enfuir par l'autre côté. La pièce communique également avec l'escalier de sortie. Je n'ai pas le temps de me réarmer, courant plus vite que Mad je m'interpose entre la sortie et l'agresseur. S'ensuit un ensemble de coups et de bousculades dont je n'ai plus bien mémoire ; j'ai été blessée. Ce qui m'a interpelée, c'est que le demi-elfe cherchait avant tout à s'enfuir puisqu'il m'a boutée pour se rendre en fin de compte vers la première pièce. Je l'ai pris en chasse et j'ai réussi à m'interposer de nouveau entre lui et l'entrée du tunnel rudimentaire. Là encore, au lieu de se battre, il m'a de nouveau repoussée pour prendre la fuite. J'ai couru dans ce tunnel après lui sur une certaine distance mais j'entendais les cris de Mad et Tara derrière moi s'éloigner, je savais qu'ils peinaient à nous suivre. Je tenais la distance avec notre ennemi mais je sentais mes forces s'amoindrir et pensais que s'il se dirigeait droit vers le repère des Gobelins, je ne ferais pas le poids toute seule. Je m'arrête net et lance dans un cri de rage ma dague en sa direction. Je l'entends claquer au sol à quelques mètres devant moi dans l'obscurité. Mon cri résonne dans le couloir sinueux et pourtant il me semble entendre un rire fou au loin.
Le silence retombe. Alors que je suis encore à chercher mon souffle, des bruits de pas de course se font entendre de plus en plus fort derrière moi, c'est Tara qui me rejoint. Elle me reproche à demi-mot de m'être arrêtée. Mon orgueil s'en trouve piqué mais diantre ! Elle n'avait qu'à courir plus vite elle aussi ! Elle m'aide tout de même à retrouver ma dague. Peut-être est-elle surtout déçue de notre défaite face à ce coquin de demi-elfe qui s'est joué de tout notre groupe au final. Nous rebroussons chemin sans un mot. A notre arrivée auprès des autres nous découvrons Améïko extrêmement fébrile en haillons, visiblement battue et choquée, dans les bras de Mad. La porte de la troisième pièce est ouverte derrière eux. Je suis heurtée de la voir dans un si mauvais état, et cependant soulagée qu'elle soit en vie. Je me rue sur elle pour lui appliquer mes soins légers, c'est un maigre soulagement mais je tente de la réconforter au mieux par la parole également, de la rassurer. Elle est traumatisée, elle répète en boucle "Tsuto est devenu fou, devenu fou..." Puis elle précise "Il veut brûler la ville ! Il est devenu complètement paranoïaque. Nualia aussi, elle veut se venger !" Nous la rassurons autant que nous pouvons et surtout ne traînons pas à quitter ce sinistre endroit pour la soigner correctement au village, chez elle dans son auberge.
Sur le chemin du retour, je cogite. J'ai entre-aperçu les plans sur les documents, des plans d'attaque des Gobelins organisés donc par ce demi-elfe, qui était bel et bien le fameux Tsuto. Il y avait des brouillons de lettres pour son père, et des dessins. Ce Tsuto semble obsédé par une belle jeune femme... Nualia sans doute ? Il semble sous l'emprise d'un amour malsain. Mes pensées s'estompent lorsque nous arrivons au Dragon Rouillé. Bethana est effarée à la vue de sa maitresse mais se ressaisit vite et nous aide à prendre soin d'Ameïko. Dans son lit, elle nous intime l'ordre de tenir son père au courant. Mon regard croise celui de Mad, il s'apprête à lui annoncer la funeste nouvelle mais je le coupe, car je suis convaincue qu'elle est encore trop secouée pour recevoir cette nouvelle. Je lui répète de se reposer, que nous en parlerons le lendemain, quand elle sera un peu plus en forme. Elle répète "Il faut prévenir mon père..." dans un soupir avant de s'écrouler de fatigue.
